
Il m’a dit que j’étais tellement conne Que pour acheter une bouteille J’en prendrais deux, Une pleine au cas où j’aurais soif, Et une vide pour quand j’ai pas soif Puis je boirais dans la deuxième Pour être sûre de pas me tromper. Il m’a dit que j’étais tellement plate Que quand j’enfilais un pull-over, On aurait dit qu’il était vide, Et que mon soutien-gorge, le soir, Servait surtout à tenir les bretelles. Il m’a dit : « Arrête tes manteaux de cuir, Ça n’a vraiment aucun sens, D’enlever la peau d’une vache Pour aller la mettre sur une autre. » Il m’a dit que… Il m’a dit que… J’ai beau chercher la réponse, Il en trouve toujours une de plus. Il m’a dit que… Il m’a dit que… À chaque fois que j’ouvre la bouche, Il gagne un point de plus. Il m’a dit que j’étais une crevette, Qu’il fallait garder le corps Et jeter la tête. Il m’a dit que j’étais si maigre Que mon jean tenait debout tout seul, Et que quand le vent soufflait trop fort, Je devais m’accrocher à mes vêtements. Il m’a dit que j’étais tellement petite Qu’avec des talons de dix centimètres, Je passais de « pas là » À « presque là ». Il m’a dit que de profil, On ne me voyait qu’en haute définition Si je tournais la tête. Il m’a dit que j’étais tellement conne Que si on me donnait une carte, Je chercherais le bouton démarrer. Et que même Google, un jour, En essayant de me répondre, Avait fini par dire : « Écoute… j’abandonne. » Il m’a dit que… Il m’a dit que… J’avais moins de logique Qu’un grille-pain dans une baignoire. Il m’a dit que… Il m’a dit que… Même quand j’avais raison, J’arrivais à me tromper. Il m’a dit que j’étais une crevette, Une feuille A4 sans relief, Un cintre dans un pantalon, Une silhouette en mode portrait. Il m’a dit tellement de choses Que j’en ai fait collection. « T’es tellement conne que si tu jouais À cache-cache toute seule, Tu te chercherais pendant des heures. » Alors j’ai posé mon verre, J’ai regardé tout le monde Et j’ai demandé très sérieusement : « Mais… qui compte ? » Il m’a dit que j’étais une crevette, Une feuille A4 sans relief, Un cintre dans un pantalon, Une silhouette en mode portrait. Il m’a dit tellement de choses Que j’en ai fait collection.

