Je ne suis pas venue pleurer. Je ne suis pas venue plaire. J’ai traversé vos marchés, vos sourires d’affaires. Je ne suis pas à vendre, je ne suis pas à sauver. J’ai vu vos mains se tendre comme on signe un marché. Vous disiez “je te protège”, mais vos murs avaient des clés. Vous appeliez ça tendresse, moi j’appelais ça posséder. Je ne suis pas une chambre pour vos manques fatigués. Ni le drap blanc qui tremble sur vos fautes maquillées. J’ai souri sous les lampes, sous les néons affamés. Mais mon silence a des jambes, et je l’ai fait marcher. Vous aimez les femmes libres quand elles restent dans le cadre. Vous leur parlez d’horizon, mais vous tenez la rambarde. Vous voulez des étoiles qui brillent dans vos vitrines. Mais la lune, quand elle tombe, n’a que faire de vos consignes. Ni à vendre, ni à sauver, ni dans vos bras, ni dans vos comptes. Vous pouvez bien tout acheter, je reste hors de votre honte. Ni à vendre, ni à sauver, ni douce image, ni trophée. J’ai le blanc des cendres levées, et rien qu’on puisse posséder. Vous confondez aimer avec poser votre nom. Vous dites “je te comprends” en cherchant le bouton. Vous caressez les cages en parlant de maison. Vous appelez ça partage quand vous prenez possession. J’ai connu vos prières avec des dents derrière. Vos dogmes bien repassés, vos pardons de propriétaire. J’ai connu les sourires qui demandent une rançon. Les regards qui déshabillent avant même le prénom. Ne me parlez pas d’amour si c’est pour faire l’inventaire. Ne me parlez pas de lumière quand vos mains cherchent la chair. Je ne suis pas votre manque, ni votre chose à réparer. Même mon dernier chagrin, vous ne pourrez pas l’acheter. Ni à vendre, ni à sauver, ni dans vos bras, ni dans vos comptes. Vous pouvez bien tout acheter, je reste hors de votre honte. Ni à vendre, ni à sauver, ni douce image, ni trophée. J’ai le blanc des cendres levées, et rien qu’on puisse posséder. J’avance blanche de cendre, pas blanche de pureté. J’ai laissé dans vos chambres ce que vous vouliez garder. Mon corps n’est pas une dette, mon âme n’est pas un prix. Je ne suis pas la fête où vos appétits sourient. Les marchands font des poèmes quand il faut vendre la peau. Ils mettent du parfum même sur la morsure des barreaux. Mais je marche dans la nuit, droite sous les néons froids. Et tout ce que vous m’avez pris ne vous a donné aucun droit. Je ne cherche pas vengeance, je n’attends plus vos raisons. J’ai vu danser vos silences avec vos manipulations. Je ne serai plus sage pour rassurer vos miroirs. J’ai quitté vos cages sans vous laisser mon regard. Ni à vendre, ni à sauver, ni dans vos bras, ni dans vos comptes. Vous pouvez bien tout acheter, je reste hors de votre honte. Ni à vendre, ni à sauver, ni promesse, ni trophée. J’ai le blanc des cendres levées, et rien qu’on puisse posséder. Ni à vendre, ni à sauver, je ne reviens pas mendier. Je suis celle qu’on croyait brisée, et qui revient sans se plier. Je ne suis pas votre rêve. Je ne suis pas votre deuil. Je ne suis pas votre manque. Je ne suis pas votre chose. Je suis… La Dame Blanche.


