
[OUVERTURE — parlé, calme] Un fauteuil. Un verre. Une arme posée contre l’accoudoir. Mesdames, messieurs... Permettez-moi de me présenter. Damien de Mortenoire d’Aubecourt. Chasseur de tyrans. Collectionneur de mauvaises rencontres. Et, ce soir... j’ai une histoire à vous raconter. [COUPLET I — parlé-chanté] C’était une nuit sans lune, quelque part au-delà des frontières. J’avais reçu une invitation que je n’avais certainement pas demandée. Un nom. Une adresse. Un homme à retrouver. Un petit despote élégant, avec des soldats, des portraits de lui-même et suffisamment d’argent pour croire que le monde lui appartenait. Charmant personnage. Alors j’ai pris mon manteau, mon vieux revolver, et cette merveilleuse arrogance qui m’a toujours accompagné. Puis je suis parti à sa rencontre. [REFRAIN — énergique] Cours, cours, petit tyran ! La chasse commence maintenant ! Cache-toi, prie, tremble encore, Damien frappe à ton dernier sort ! Cours, cours, où tu voudras ! Ton règne ne te protégera pas ! Un pas, deux pas, j’arrive enfin... Et quand je souris, c’est que tout va très mal ! [INTERLUDE — parlé] Vous vous demandez probablement : « Damien... était-il vraiment seul ? » Oui. Enfin... presque. [COUPLET II — accélération] Trois gardes près de la grille, six autres devant la salle, deux silhouettes sur les hauteurs... J’ai compté. C’est une habitude. Un garde regarde à gauche. Un autre regarde à droite. Personne ne regarde derrière. Erreur classique. Un bruit sec. Puis un deuxième. Puis le silence. J’entre tranquillement. Un domestique me fixe. Je lui souris. Il devient très pâle. Je lui demande : « Le propriétaire est-il chez lui ? » Il répond : « Oui, monsieur... » Parfait. J’étais donc au bon endroit. [BREAK — basse lourde, presque chuchoté] Et soudain... CLAC. Toutes les lumières s’éteignent. Un cri. Un coup de feu. Puis... ma voix : « Bonsoir. » [REFRAIN — plus grand, chœurs] Cours, cours, petit tyran ! La chasse commence maintenant ! Cache-toi, prie, tremble encore, Damien frappe à ton dernier sort ! Cours, cours, où tu voudras ! Ton règne ne te protégera pas ! Un pas, deux pas, j’arrive enfin... Et quand je souris, c’est que tout va très mal ! [COUPLET III — rapide, presque rap] Il descend l’escalier, entouré de ses hommes. Il crie mon nom. Je réponds : « Enfin. » Il promet de me faire disparaître. Je lui demande s’il a une proposition plus originale. Il sort une lame. Je sors mon revolver. Il comprend. Trop tard. Puis il court. Ah... Ça, j’aime particulièrement. La chasse. Le bruit des bottes. Les cris dans les couloirs. Les tableaux qui tombent. Les gardes qui changent de direction. Et moi ? Toujours derrière. Toujours calme. Toujours souriant. [PONT — très calme] Finalement... je le retrouve. Seul. Assis devant une immense cheminée. Il me demande : « Combien voulez-vous ? » Je ris. Puis je m’assieds en face de lui. « Mon cher... je ne suis pas venu pour votre argent. » Silence. « Je suis venu pour vous. » [REFRAIN FINAL — explosif] Cours, cours, petit tyran ! La chasse finit maintenant ! Plus de gardes, plus de soldats, plus personne pour courir à ta place ! Cours, cours, regarde-moi ! Tu voulais que le monde tremble de toi ! Un pas, deux pas, voilà la fin... Et quand je souris... ...tu sais déjà pourquoi. [OUTRO — retour au fauteuil] Voilà. C’était une petite chasse. Rien d’extraordinaire. Il repose son verre. Enfin... pour moi. Damien de Mortenoire d’Aubecourt. Et si jamais, par le plus curieux des hasards, vous entendez prononcer mon nom... ne vous inquiétez pas. Je ne suis probablement pas venu pour vous. ... Probablement.

