La voix tristement joyeuse de D. Soulignait la mâle féminité De cette massive sylphide À l'ambiguïté tranchée Aîné d’une fratrie masculine Il se rêvat fille unique Fût renié par son père Et finit donc orpheline Sa taille, sa carrure, sa force Trahissaient la femme fragile Comme ses traits subtilement grossiers Qui parfois ravissait d’effroi D’une nature artificielle et contrariée Sa sophistication dépouillée S’imposait librement À nous qui peuplions sa solitude Sa discrétion grotesque et gauche Avait un je-ne-sais-quoi d’attendrissant De répulsivement attirant De sensuellement abjecte Elle souffrait délicieusement de ses contradictions De son univoque ambiguïté Mais développa finalement la grâce hideuse De s'affirmer entière et ambivalente Elle fascina para cela les femmes qui haïssaient l’aimer Autant que les hommes qui adorèrent la haïr Et me charma aussi, brisant les barrières Provocant ma perverse chasteté Ému, je pu peu-à-peu subjuguer son indifférence Par des traits d’esprits muets Qu'elle mal interprétait très justement Comme la marque d’un désintérêt obsessif Ma fougue flegmatique et passionnée Eut donc raison de son exubérante réserve De sa confuse assurance D’être bien elle, libre, dans son corps à lui Comment aimer un chêne, un roc, un grossier géant ? En embrassant au plus près ses délicates tensions ? Et questionner en rêveur rebelle Les dilemmes de nos stériles préjugés ? Nos chastes saillies furent la réponse Et nos ascétiques agapes Et nos orgies platoniques Rythmèrent bientôt l’aléatoire de nos divertissants ennuis Aujourd'hui D., réalisée, jouit d’une paix belliqueuse Sa masculine féminité L’enveloppe et la dénude Magnifique