
[Intro – flûte seule, une phrase hésitante, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave (lui), slam, hésitant] Je n’ai jamais tenu de main plus d’une minute, je baisse les yeux quand un regard dure trop longtemps. J’ai peur qu’on me dise non, peur du rire, de la chute, peur de ne pas savoir quoi faire de mes mains, de mon sang. Les autres ont l’air de savoir, ils parlent comme des pilotes, moi je reste sur le quai avec mon billet froissé. Et pourtant, quelque part, tout au fond, ça grelotte : j’ai envie de monter, même sans savoir où ça va mener. [Refrain – chanté, deux voix] Sans mode d’emploi, sans carte et sans boussole, l’amour ne prévient pas, il arrive, il décolle. À quinze ans, à cent ans, au détour d’un mardi — n’aie pas peur du moment : il connaît ton adresse, lui. [Couplet 2 – voix féminine mûre (elle), le groove entre, balais] Écoute, mon grand, si c’était simple comme un trajet, avec un horaire, un guichet et le prix du voyage, personne n’en ferait des chansons ni des poèmes secrets, personne ne tremblerait au moment de tourner la page. C’est parce que tu ne sais pas que ça vaut tout l’or du monde, c’est parce que ça fait peur qu’on s’en souvient toute une vie. Et ce creux que tu sens, cette attente qui gronde, c’est déjà de la place que tu fais pour quelqu’un, sans bruit. [Refrain – chanté, deux voix] Sans mode d’emploi, sans carte et sans boussole, l’amour ne prévient pas, il arrive, il décolle. À quinze ans, à cent ans, au détour d’un mardi — n’aie pas peur du moment : il connaît ton adresse, lui. [Pont – parlé (elle), flûte seule] Celui qui attend n’est déjà plus tout à fait seul. Il range la pièce, il laisse une chaise libre. Il pense un peu moins à lui, un peu moins à ce qu’il possède. Il a commencé à aimer sans savoir qui. [Break instrumental – flûte et piano] [Couplet 3 – les deux voix en alternance] (elle) Il y en a qu’il trouve au collège, entre deux sonneries, (lui) un sac sur une épaule, un cahier qu’on prête et qu’on rend. (elle) Et d’autres qu’il attend au bout d’une longue vie, (lui) sur un banc de jardin, une canne, des cheveux blancs. (elle) Il ne regarde pas l’âge, ni le jour, ni la pluie, (lui) il ne demande à personne s’il est prêt, s’il a le temps. (ensemble) Il frappe quand il veut, à la porte qu’il a choisie — et ce jour-là, crois-moi, tu sauras, tout simplement. [Refrain final – deux voix, pleine voix puis plus doux] Sans mode d’emploi, sans carte et sans boussole, l’amour ne prévient pas, il arrive, il décolle. À quinze ans, à cent ans, au détour d’un mardi — n’aie plus peur du moment : il est déjà en chemin, lui. [Outro – flûte seule, voix parlées] (lui) Et s’il ne vient pas ? (elle) Il viendra. (elle) Il est déjà parti.

