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InKlassable

J’étais devant la dame de France Taf, au guichet numéro... Cauchemar. Je hurlais très poliment : “Bonjour la compagnie ! Je cherche un métier pour mettre la mama à l’abri.” Elle m’a regardé par-dessus son tampon, toute étourdie : “Mais qui êtes-vous ?” J’ai répondu : “Mon nom est K. Je possède un master en Anarchie, un hibou sous le bras, des araignées au plafond, et je collectionne les étagères. Voici mon CV.” Le bureau sentait la photocopie, la moquette triste et le café froid. Une plante verte tamponnait des vies en murmurant : “asseyez-vous là.” Le recruteur de France Taf souriait sans remords. Il nourrissait des CV d’agrafes dans un classeur carnivore. Il m’a demandé : “vos compétences ?” J’ai dit : “je comprends rien du tout.” Il a coché “polyvalence” avec un stylo qui crachait des clous. Mon hibou faisait la grimace, les araignées prenaient des notes. Une chaise a changé de place pour essayer d’me taxer mes bottes. J’ai pas tout compris, mais j’ai souri quand même. Dans les rêves administratifs, faut respecter le problème. Une horloge fondait doucement sur le coin du radiateur. Le recruteur m’a dit : “bravo, vous êtes presque au bout de l’horreur.” Je m’appelle K, j’ai rendez-vous dans l’escalier. Le guichet trois m’a dit : “plus tard”, mais plus tard vient de démissionner. J’ai un hibou dans la veste, des araignées au plafond. Je cherche un taf pas trop funeste, pour mettre la mama dans du coton. Je m’appelle K, j’ai coché oui sur le brouillard. France Taf m’a dit : “revenez hier, avec trois preuves de cauchemar.” J’ai un hibou dans la veste, des étagères dans les mains. Je cherche une place dans la tempête, et si possible avant demain. On m’a proposé un poste en orbite, classement des soupirs perdus. Contrat précaire, horaires lunaires, salaire payé en déjà-vu. Il fallait trier les cauchemars par taille, par poids, par combustion. Séparer les grands départs des petites déceptions. Dans la salle d’attente, un rhinocéros lisait un vieux magazine de sport. Une dame sans visage en tailleur rose vendait des tickets pour la mort. Un enfant jouait avec Saturne, un poisson parlait d’avenir. Moi je signais ligne après ligne sans savoir si je devais partir. J’ai pas tout compris, mais j’ai suivi la file. Un panneau disait : “restez calme, le réel est très fragile.” Mon hibou m’a dit tout bas : “Fais semblant, c’est plus prudent.” Puis il a mangé le formulaire en criant : “c’est croustillant !” Je m’appelle K, j’ai rendez-vous dans l’escalier. Le guichet trois m’a dit : “plus tard”, mais plus tard vient de démissionner. J’ai un hibou dans la veste, des araignées au plafond. Je cherche un taf pas trop funeste, pour mettre la mama dans du coton. Je m’appelle K, j’ai coché oui sur le brouillard. France Taf m’a dit : “revenez hier, avec trois preuves de cauchemar.” J’ai un hibou dans la veste, des étagères dans les mains. Je cherche une place dans la tempête, et si possible avant demain. Les néons clignotent en morse, les murs respirent lentement. Quelqu’un m’appelle “ressource humaine”, j’entends “Vampire débutant.” Je remplis mon nom dans une case, la case s’enfuit sous la table. Mon CV adopte des antennes, mon avenir devient périssable. Alors je suis le mouvement, je fais comme si j’étais prévu. Dans les couloirs de France Taf, même les fantômes sont perdu. Nom ? K. Adresse ? Quelque part. Expérience ? J’ai survécu jusqu’à ce soir. Motivation ? Mettre la mama à l’abri. Disponibilité ? Quand le réel aura fini. Nom ? K. Profil ? Variable. Diplôme ? Inclassable. Projet ? Respirable. Je m’appelle K, j’ai rendez-vous dans l’escalier. Le guichet trois m’a dit : “plus tard”, mais plus tard vient de démissionner. J’ai un hibou dans la veste, des araignées au plafond. Je cherche un taf pas trop funeste, pour mettre la mama dans du coton. Je m’appelle K, j’ai coché oui sur le brouillard. France Taf m’a dit : “revenez hier, avec trois preuves de cauchemar.” J’ai un hibou dans la veste, des étagères dans les mains. Je cherche une place dans la tempête, et si possible avant demain. L’entretien s’est bien passé. Ils m’ont rappelé trois jours plus tard pour un poste de veilleur dans un placard à néons. J’ai dit oui. Depuis, je surveille les cauchemars rangés sur les étagères.