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La Sirène du Pirate

V5.5

[Couplet 1] Je voguais seul, pirate usé, sur un navire trop grand pour moi Un monstre de bois, de cordages, de silence et de froid J’tenais la barre comme on tient debout quand plus rien n’est certain Avec la mer pour seul témoin, et le manque au creux des mains J’avais pillé des ports, traversé des nuits sans lune Parlé plus souvent au vent qu’aux vivants sous la brume Le cœur tanné par le sel, l’âme lourde comme un mât J’croyais connaître l’océan… j’connaissais rien avant toi Car t’as surgi des flots comme une reine, comme un sort Une déesse des marées venue juger mon mauvais nord Sirène au regard clair, avec ce calme souverain Le genre de créature qui sourit et t’enchaîne sans les mains [Pré-refrain] Tu ne m’as pas coulé, tu m’as capturé autrement Pas par la force, pas par le chant Mais par cette évidence étrange au milieu de l’eau noire Que mon errance venait peut-être de rencontrer son histoire [Refrain] Moi, pirate perdu sur un navire trop grand Toi, déesse des océans, sirène au rire troublant Tu m’as pris sans chaînes, sans canon, sans combat Juste avec tes yeux de marée et ton air de déjà savoir pourquoi j’étais là Toi, fée salée, douce et lunaire Moi, vieux corsaire au cœur de fer Et pourtant sous nos différences, sous nos éclats, sous nos voix J’ai compris qu’on se ressemblait autant qu’on se complétait, toi et moi [Couplet 2] Toi, tu veux devenir pâtissière, et j’trouve ça presque irréel Une sirène qui fait lever des merveilles avec du sucre et du ciel Tu dois pouvoir mettre la lune dans un éclair au chocolat Et du calme dans les hommes comme d’autres n’en mettent pas J’t’imagine avec de la farine au bord des poignets fins Le vent dans les cheveux, la vanille au creux des mains Capable de faire d’un dimanche un royaume plus doux Pendant que moi je traîne encore mes tempêtes un peu partout Et puis tu lis les astres comme on lit les courants Les thèmes, les maisons, Mercure et les signes mouvants Tu regardes une âme comme on ouvre une vieille carte Avec ce mélange de finesse, de sourire, et d’instinct qui écarte [Pré-refrain] Tu tires les cartes la nuit comme d’autres tirent des routes Tu vois dans l’invisible des réponses à mes doutes Et quand tes lames tombent sur le bois entre nos mains J’ai l’impression que le destin avait déjà tracé le dessin [Refrain] Moi, pirate perdu sur un navire trop grand Toi, déesse des océans, sirène au rire troublant Tu m’as pris sans chaînes, sans canon, sans combat Juste avec tes yeux de marée et ton air de déjà savoir pourquoi j’étais là Toi, fée salée, douce et lunaire Moi, vieux corsaire au cœur de fer Et pourtant sous nos différences, sous nos éclats, sous nos voix J’ai compris qu’on se ressemblait autant qu’on se complétait, toi et moi [Couplet 3] T’es mon contraire exact, mon miroir un peu plus beau La magie face au goudron, la constellation face au couteau Mais t’as le même feu que moi, la même faim de vérité Le même goût des profondeurs, des choses qu’on ne dit jamais T’as mes tempêtes en plus fines, mes vertiges en plus gracieux Moi j’ai ton indocilité, mais en plus brut, en plus orageux On est taillés dans le même bois, puis jetés dans d’autres eaux Deux créatures de caractère, deux mystères, deux échos Toi tu lis dans les étoiles ce que moi je sens dans le vent Toi tu dresses des desserts, moi j’dresse les voiles autrement Toi tu cherches les signes, moi j’guette les lames et les cieux Mais au fond on parle pareil : on cherche ce qui vibre le mieux [Pont] Tu n’es pas venue me rendre sage. Tu n’es pas venue m’arracher à la mer. Tu es venue me montrer qu’il existait au large de ma violence, de mon errance et de mon sel, une île faite de douceur, d’intuition, de sucre chaud, et de mystères qu’on embrasse. Et moi, moi qui croyais être né pour les tempêtes seulement, j’ai vu dans tes yeux qu’un pirate peut encore tomber amoureux d’une fée de l’océan sans cesser d’être pirate pour autant. [Refrain final] Moi, pirate perdu sur un navire trop grand Toi, déesse des océans, venue reprendre le vent Tu m’as pris sans chaînes, sans canon, sans combat Juste avec tes cartes, tes étoiles, et ce sourire qui faisait plier la mer sous tes pas Toi, fée salée, pâtissière des marées Avec la lune dans les yeux et du sucre dans les pensées Et moi, vieux loup de mer, j’ai compris dans ton éclat Qu’on peut être à la fois identiques et pourtant parfaitement faits pour compléter l’autre ici-bas [Outro] Depuis, quand je tiens la barre, j’crois un peu moins au hasard. Parce qu’il a fallu l’océan, une sirène, un jeu de cartes, des étoiles et l’odeur d’un gâteau à venir pour que je comprenne enfin ceci : Le plus grand trésor que j’aie trouvé n’était pas au fond de la mer. Il nageait déjà vers moi.