
Je reviens
J’reviens d’ces nuits froides où l’béton m’servait d’école, On écrivait nos peines pendant qu’la BAC faisait des rondes, Les anciens m’disaient : “frérot garde le cap”, Aujourd’hui les petits veulent des vues, nous on voulait du rap. À l’époque c’était l’feu dans les MJC, Des textes plein les poches, des rêves plein les cendriers, J’ai vu des frères tomber pour trois billets froissés, D’autres finir seuls à parler aux murs du quartier. J’me rappelle des bancs, des bouteilles et des promesses, Des “t’inquiète mon frère” qui meurent avec l’ivresse, Le monde a changé mais la haine reste la même, Toujours des daronnes qui pleurent derrière les fenêtres HLM. Alors j’reviens comme un vieux sample dans la sono, Une voix d’la rue gravée dans les échos, Pas là pour les trends ni pour vendre des rêves, J’rappe pour les miens, pour les absents qu’on enterre. (Refrain) Je reviens… Avec les cicatrices et les souvenirs qui saignent, Je reviens… Même si le temps nous éloigne et nous freine, Je reviens… Pour ceux qu’on oublie sous les lumières de la ville, Je reviens… Le cœur cabossé mais toujours debout dans l’exil. (Couplet 2) J’ai connu l’époque où l’respect valait de l’or, Aujourd’hui tout s’achète même les âmes sur les réseaux dehors, Les vrais parlent peu, les traîtres parlent fort, Et beaucoup changent d’équipe quand la misère les mord. J’ai gardé les mêmes rêves dans un vieux carnet usé, Les mêmes douleurs qu’j’essaye encore d’camoufler, Le quartier m’a forgé comme un couteau dans la braise, Chaque échec dans ma vie a renforcé ma haine. On voulait juste sortir les darons d’la galère, Pas finir affichés dans les faits divers d’hier, Mais la vie cogne dur quand t’as grandi sans mode d’emploi, Alors tu souris devant les autres mais tu t’écroules chez toi. J’parle pour les silencieux, les insomniaques, les perdus, Ceux qui lèvent les yeux au ciel quand ils n’en peuvent plus, J’suis l’enfant d’la poussière et des lampadaires morts, Toujours vivant malgré les coups du sort. (Refrain) Je reviens… Avec les cicatrices et les souvenirs qui saignent, Je reviens… Même si le temps nous éloigne et nous freine, Je reviens… Pour ceux qu’on oublie sous les lumières de la ville, Je reviens… Le cœur cabossé mais toujours debout dans l’exil. (Couplet 3) J’ai vu l’amitié mourir pour des histoires d’ego, Des frères devenir étrangers juste pour quelques euros, Mais j’continue d’avancer même avec les poings serrés, Parce qu’on n’a jamais appris à vraiment s’arrêter. J’rappe comme les anciens, brut sans filtre ni costume, Avec la rage des caves et la fumée dans la plume, Chaque phrase est une balafre laissée sur le papier, Une vérité qu’les médias voudront jamais raconter. Y’a trop d’fantômes qui marchent encore dans mes pensées, Des visages que le temps n’a jamais effacés, Alors quand le beat démarre j’leur rends un peu d’vie, Comme une prière perdue au milieu d’la nuit. Et même si demain tout s’écroule autour de moi, J’laisserai mes textes parler quand j’serai plus là, Parce qu’un homme meurt deux fois dans cette époque qui condamne, La première dans la rue… la deuxième quand on oublie son âme. (Outro) Je reviens… Pour les anciens… Pour les vrais… Km2r… Toujours debout…

