
Vivre, c’est être un collectif, une espèce de sapin de Noël constitué de trente mille à quarante mille milliards de cellules vivantes, coupées d’un univers utérin après environ neuf mois de vie en pépinière. Nous nous nourrissons, métabolisons, éliminons, croissons, nous maintenons en nous réparant, réagissons face à l’environnement. Nous nous reproduisons, en étant issus nous-mêmes d’un processus reproductif. Nous traversons des événements, éprouvons des émotions, satisfaisons des besoins, persistons dans le temps. En plus du fait de vivre biologiquement, organiquement, nous existons, ce qui peut être perçu comme une extension, chez l’humain, du fait de vivre. Exister, au sens philosophique, signifie se tenir hors de soi, c’est-à-dire se rapporter consciemment à son propre être, au monde et aux autres. Les philosophes se sont penchés sur la question et ont conclu qu’exister, c’est se savoir vivant et se percevoir comme un « moi » distinct, être capable de se projeter dans le futur, se souvenir du passé, se poser la question du sens des choses et des événements, celui des valeurs, du sens de la vie et de la fin de vie. Dans cette perspective, sur Terre, l’être humain existe pleinement, car lui seul peut faire de sa propre vie un objet de réflexion. Les existentialistes Kierkegaard, Heidegger et Sartre diront : on vit biologiquement, mais on existe quand on assume sa liberté, ses choix et sa responsabilité. Mais l’existence devient alors une tâche, une tension assortie de certaines angoisses existentielles, et toujours une relation consciente au sens et au non-sens des choses et des événements. Vivre, c’est être là avec nos quarante mille milliards de cellules d’adultes. Exister, c’est se demander pourquoi et comment on est là. La vie est un fait ; l’existence est une expérience consciente.

