Oui… je vois les signes. Ces syndromes sont classiques. Une infection civique. Doublée d’une fracture systémique. Votre démocratie vacille, fatigue typique, Frémissement public, menace de panique. Rassurez-vous. Le protocole est simple. Certifié. Éprouvé. Appliqué. Extrait du traité que la Bête a rédigé. Mais je dois vous prévenir, il y a des effets secondaires. Des altérations qui ne seront pas… Éphémères… Voici chaque étape, suivez les, Et votre régime sera… stabilisé. Prenez deux cents grammes d’anxiété populaire, poudre versatile, pression réactionnaire. Versez trois doses d’indifférence froide et docile, une morale molle, une mémoire fragile. Incorporez scandales rances, rancœurs en cadence, Faites-les dorer dans des rumeurs denses. Mélangez réseaux saturés, nerfs surexposés, commentaires égarés, colères ébouillantées. Ajoutez quelques brigades à l’orgueil bien blindé, drapé d’un passé évidé, à la chair fantasmée. Surtout — chargez bien la peur. Trop peu, ça ne prendra pas. Mais si il y en a trop… oui, ça ira. (Laissez cuire)… laissez cuire, jusqu’à l’extinction des objections, (Remuez bien)… remuez bien, dissolution des dissensions. (Servez chaud)… servez chaud, sourire net, ton rassurant, Avalez sans mâcher — c’est bon pour le patient. Préchauffez les tribunaux — à deux cent degrés constants, Abaissez les décibels et grillez les tourments. Dépouillez les médias d’un geste anesthésique Qu’il ne reste qu’un verbe unique, toxique, Ajoutez slogans simples, syllabes sédatives, phrases brèves, brutes, définitives. Émincez l’opposition, lente décomposition, Et faites pareil pour la liberté d’opinion. Laissez mijoter, que les esprits se ramollissent, Bientôt, le silence couvrira les sévices. Parsemez d’une police sans limite ni sanction, ça donne un goût d’ordre… Un parfum d’inquisition. (Laissez cuire)… laissez cuire, jusqu’à l’extinction des objections, (Remuez bien)… remuez bien, dissolution des dissensions. (Servez chaud)… servez chaud, ton calme, cadre rassurant, Avalez sans comprendre — c’est validé démocratiquement. Faites revenir les privilèges des riches pendant ce temps, qu’ils prospèrent, prospèrent… paisiblement. Maintenez marchés fluides, machines huilées, capitaux mobiles et contrats préparés. Étouffez les débats d’un filet de fiel, Et laissez bien la haine coller à la poêle. Ajoutez les divisions, découpez le peuple finement, dosez la xénophobie, qu’elle lève lentement. Il ne manque plus que l’ingrédient magique, Un événement tragique tourné en virage politique. Et voilà, l’élixir est bientôt prêt Il ne reste plus qu’à verser Dans un état sec et dépouillé (Laissez cuire)… laissez cuire, chacun dans sa niche docile, (Remuez bien)… remuez bien, jusqu’à une rage immobile. (Servez chaud)… relents racistes, bien amers, Régime autoritaire — nappé d’un arôme de guerre. Mais vous savez, en vérité… Ce traitement, cela fait des années, Qu’on lui a déjà administré. Encore quelques doses distillées, et votre démocratie sera bientôt sur pied. Mais ce ne sera plus comme cela… qu’il faudra encore l’appeler.