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T | 16 • Un monde entre deux souffles

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V6

Nous avions entamé l’exploration… Nous avons trouvé l’extinction. Sous les verrières immenses, deux saisons se répondent, Un désert incandescent, puis des étendues profondes. Un battement d’ailes suffit pour franchir leur frontière, Du sable aux neiges mortes, sans changer de lumière. Une cité se dessine, protégée par des machines, Des structures oubliées, des créatures clandestines. Tout semble avoir été pensé, calculé, ordonné, Comme un laboratoire dont le dessein nous est voilé. Des vestiges familiers traversent pourtant les ruines, Des fragments d’anciens lieux dans ces formes cristallines. Ce que nous pensions connaître change ici de visage, Comme si plusieurs auteurs avaient écrit un même ouvrage. Un monde entre deux souffles, suspendu dans l’aurore, Des terres sous le verre, des vestiges incolores, Nous avançons sans savoir ce que l’horizon dévore, Et chaque pas ressuscite, un passé que l’on ignore… Mais passé la périphérie, le paysage s’effondre, Une plaine sans couleur où nul écho ne répond. La faune s’est altérée, défigurée par une fièvre, Les proies dévorent les chasseurs, la chaîne entière se relève. Des herbivores affamés poursuivent leurs prédateurs, Leurs instincts contre-nature d’une violence sans peur, Nous leur donnons un nom pour contenir l’inconnu : Les créatures corrompues… Puis quelque chose traverse les nuages déchirés, Des capsules incandescentes viennent s’écraser. Une lueur familière descend vers la poussière, Comme les anciens présents qui tombaient autrefois sur terre. Je m’approche à pas lents, sans toucher la matière, Je retiens mon souffle, je garde les mains derrière. Aucun mouvement, aucun geste, aucune provocation… Puis l’alarme retentit… adieu la discrétion… Et soudain… Le ciel disparaît. Un dôme jaillit du sol, refermant son armature, Des dizaines de silhouettes frappent contre la structure. Des gueules, des griffes, des bêtes qui nous mitraillent, Une marée affamée qui cherche la moindre faille. On recule, on se regarde, le bouclier tient bon, Une seconde de répit, une brève illusion. Puis son cercle se contracte, la sécurité s’allège, Chaque impact fait vibrer la paroi qui nous protège. Nos deux raptors s’élancent, disparaissant dans la mêlée, Ils affrontent la première masse qui vient nous encercler. Je hurle leurs noms, mais leurs silhouettes s’affaiblissent, Et derrière elles se dessine une seconde ligne destructrice. Alors je saisis Axi, plus question d’attendre, Nous partons vite, pas besoin de comprendre. La terre frappe nos semelles, pas le temps de réfléchir, Des mâchoires claquent, cherchant à nous voir faiblir. Les portes sont devant. La ville, la seule issue. Pour s’en sortir vivants…. Un monde entre deux souffles, suspendu dans l’aurore, Des terres sous le verre, des vestiges incolores, Nous avançons sans savoir ce que l’horizon dévore, Et chaque pas ressuscite, un passé que l’on ignore… Axi trébuche. Je reviens. Je tends la main. Puis je vois la masse qui nous attend, les crocs comme des pieux, Un Carnosaure immobile, la gueule ouverte face à nous deux. Son rugissement fend l’air, son ombre un vrai cauchemar, Une seconde de plus et ses crocs clôtures l’histoire. Mais quelque chose s’active derrière les portes de la cité, Des silhouettes métalliques affluent en parfaite synchronie. L’acier percute la chair, les impacts déchirent la poussière, Une armée silencieuse vient de surgir de la lumière. Nous sommes figés. Spectateurs. Devant nous, l’acier contre les griffes, La précision contre la rage, La machine contre le pseudo vivant. Et soudain, tout devient clair. Ces machines ne nous ont pas sauvés. Elles défendaient juste l’entrée… Un monde entre deux souffles, suspendu dans l’aurore, Des terres sous le verre, des vestiges incolores, Nous avançons sans savoir ce que l’horizon dévore, Et chaque pas ressuscite, un passé que l’on ignore… Qu’y avait-il dans cette capsule… Pour que tout ce monde cherche à la détruire ? Il nous faut comprendre…