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La tyrannie du temps et l’échappée d’Abraham

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V6

La tour est retombée en mots. Les hommes se sont dispersés. La racine est toujours là. Puisque le grand « nous » n’abrite plus, Il reste un dernier refuge. Le temps. [Ralentir légèrement le débit, ton posé] L’homme colonise le futur. Le présent est insoutenable. Le passé n’est qu’une suite de dossiers à charge. Alors il se définit par ce qu’il va devenir, Par ce qu’il va réparer. Il inverse la foi : Au lieu de recevoir, Il se justifie par sa promesse à lui-même. On attend demain pour être enfin acquitté. [Léger silence] C’est alors que vient l’arrachement. « Va-t’en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. » Dieu ne réforme pas Babel. Il en extrait un homme. Abraham. Pas un héros. Un homme à qui l’on retire les appuis : La terre, la maison, le récit dont il était l’auteur. L’avenir n’est pas aboli. Il cesse d’être le sien. [Hausser subtilement la gravité] Mais la chair veut aller plus vite que le décret. La peur de manquer. L’Égypte. Puis Ismaël : Le fils que l’homme se donne Pour aider Dieu à tenir sa parole, Un résultat visible, mesurable, contrôlable. Jusqu’au mont Morija. Dieu demande ce qu’Il a Lui-même donné : L’enfant de la promesse, Le point d’ancrage de tout demain. Ce n’est pas un test moral. C’est la fin du calcul. Abraham gravit la montagne. Le couteau est levé sur son propre futur. « Dieu se pourvoira Lui-même de l’agneau. » Il ne termine pas l’œuvre. Le couteau s’arrête par un autre. Il reçoit le bélier pris dans le buisson. [Le ton s’apaise. Une ligne seulement] Ce que Morija figure, Le Golgotha l’accomplira. L’avenir qui reste Est celui qu’on n’a pas saisi.