
Honte à ce beau troubadour, Qui prêche l'amour chaque jour, Quand certains récits revenus Laissent un goût déjà connu. Honte au prince de la scène, À ses refrains, à sa rengaine, Qui trouve encore salle comble Quand d'autres souvenirs nous troublent. La guitare est bonne compagne, Elle accompagne et elle gagne ; Sous les feux des projecteurs d'or, Les vérités s'effacent encore. Honte à l'artiste charmant, Qui chante si tendrement, Quand des souvenirs ineffaçables Reviennent toujours implacables. « Mon cher, qu'avez-vous donc fait Aux jours de vos jeunes succès ? » « Je vivais librement ma vie, Sans regarder ce qui suivit. » Pendant qu'il chantait ses amours Et ses promesses de toujours, D'autres racontaient leur histoire, Bien loin de la version des gloires. Honte à qui, malgré les rumeurs, Continue à jouer les vainqueurs, Quand les récits se multiplient Et troublent même les amis. « Présomption », dit le notable, « D'innocence », répond la table ; Mais qui recueille avec honneur La parole mêlée de peur ? Alors regarde sans détour, Regarde en face chaque jour ; Les idoles sous leurs lumières Restent humaines sur la terre. Grand séducteur, grand dragueur, Les mots changent avec les heures ; Ce qui faisait rire autrefois Ne produit plus le même émoi. Quand tombera enfin le rideau, Quand se dissipera l'écho, Resteront quelques chansons, Et bien plus d'interrogations.

