
111. SPLASCH !
Dans mon récif, sereine sirène, Je sirote un sirop de murène. Les baleines suivent leur semaine, Sans soupçonner ce qui s'amène. Un jeune marin fend l'écume, Les biceps gonflés à la hune. Il croit déjà faire la une. Il m'allume... et se consume. C'est manifeste, il veut m'accoster, Bien plus qu'accoster ma côte. Faut dire, j'ai la cote, Il rêve déjà d'être à mes côtés. Il vise gros, le matelot. Il pêche haut, il veut pécho. Mon corps... si... reine... le rend marteau. Il se voit déjà ferrer le gros lot. Il me chante sa sérénade, Surtout des salades. Des bobards en cascade. Il croit qu'il me balade, Mais je flaire l'embuscade. Mon vieux poulpe, mon ami, Gardien des vérités englouties. Il a le don de longue-vue. C'est ma sirène d'alarme : — Imposteur en vue ! Ce marin d'eau douce N'est autre que Zeus ! En quelques brasses, il nage vers moi. Il me croit piquée d'amour, il m'embrasse. Et moi, je me pique D'avoir trouvé mon sérum anti-baratin. Le filtre d'amour, je cherche encore... Mais les bobards, j'ai le contre-poison. À peine il m'étreint, Je le pique. Splash ! Zeus tombe le masque ! Retour à la case bourrasque ! Le lendemain, voilà un dauphin. Il fait des bonds et des rebonds, Des ronds et des remous dans le lagon. Il se prend pour James Bond. Il fait sa cour, il fait sa roue. Il fait le beau, il en fait beaucoup. Cabotin du bassin, Vedette du lagon. Quel tintouin ! Il en fait tout un foin ! Il fait son grand numéro Devant deux pingouins et trois poissons, Tout ça pour choper Son tendre Poison. Il fait son show. Il se sent très chaud. Il est beau. Mais le bourreau Fait mal son boulot. Il boit l'eau. Il fait l'dauphin. Le lourdaud n'est pas très fin. J'en ai plein l'dos. Il m'colle aux nageoires. Ça frôle le désespoir. Dans les vagues, En quelques bonds, Le vagabond Divague vers moi. Mais moi, je le largue. Mon vieux poulpe, mon ami, Gardien des vérités englouties. Il a le don de longue-vue. C'est ma sirène d'alarme : — Imposteur en vue ! Ce dauphin bien trop malin N'est autre que Zeus ! Le faux se faufile dans mon sillage, Rêvant de s'enfiler dans mon filet. Et moi, je file la métaphore. Le mec n'est pas fort. Je file retrouver mon sérum anti-baratin. Pour le dauphin crétin, Je le pique. Splash ! Zeus tombe le masque ! Retour à la case bourrasque ! Le surlendemain, voilà un dragon. Il embrase tout l'horizon. Ses écailles brillent à foison. Il se prend pour le parangon. Il crache des flammes. Plus fort que mille lampes. Il espère que j'me pâme... Moi, j'vais nourrir les hippocampes. Grand dragon des mers, Il drague, surtout le fond. Il fait des vagues. Il se croit légendaire. Il bombe le torse et parade. Sans jamais prendre garde. En pleine fanfaronnade. Il mène sa folle cavalcade. Il s'voit déjà premier du hit-parade. Et moi, j'me dis : « Quelle rigolade ! » Mon vieux poulpe, mon ami, Gardien des vérités englouties. D'un tentacule, il me désigne l'intrus. C'est ma sirène d'alarme : — Imposteur en vue ! Ce grand dragon des mers... Zeus... quoi. Il croit que je me consume d'amour. Il m'embrase. Et moi, je le crame. J'ai trouvé mon sérum anti-baratin. Du céleste dragon, Sur mes rivages, J'm'en tamponne le coquillage. Je le pique. Splash ! Zeus tombe le masque ! Retour à la case bourrasque ! Splash ! Zeus tombe le masque ! Les dieux changent de forme... Les lourdauds, jamais. « À demain, Zeus... » Plop. Splash !

