
Je me demande quelquefois Pourquoi je suis venu sur terre, Si quelqu’un attendait de moi Autre chose qu’un peu de lumière. Je n’ai jamais changé le cours D’une rivière ou d’une histoire, J’ai seulement donné de l’amour Quand j’en avais encore à croire. Je ne suis ni grand, ni nécessaire, Je ne suis qu’un homme parmi tant d’autres, Un peu de chair, un peu de poussière, Un peu de rêves qui sont les nôtres. Je passe mes jours à me demander Si mes pas servent à quelque chose, Et je continue sans décider De ce que demain fera de mes choses. À quoi je sers, à quoi je sers, Quand le monde tourne sans moi ? Je peux bien refaire l’univers, Il continuera sans ma voix. Alors je souris quand je le peux, Je fais rire ceux qui m’entourent, C’est peut-être peu, c’est peut-être mieux Que de compter les jours qui courent. On nous a donné des émotions, C’est peut-être notre seule richesse, La peur, le désir, les illusions, Les chagrins cachés sous la tendresse. La pierre ne pleure pas quand elle tombe, L’arbre ne regrette pas son feuillage, La mer ne sait pas qu’elle nous ressemble Quand elle vient mourir sur les rivages. Et pourtant nous voilà toujours À chercher pourquoi nous sommes là, À donner des noms à nos amours, À mettre des pourquoi sur nos combats. On voudrait être indispensable, Laisser quelque chose après nos pas, Mais le monde est parfaitement capable De continuer quand on n’y sera pas. À quoi je sers, à quoi je sers, Quand le monde tourne sans moi ? Je peux bien refaire l’univers, Il continuera sans ma voix. Alors je souris quand je le peux, Je fais rire ceux qui m’entourent, C’est peut-être peu, c’est peut-être mieux Que de compter les jours qui courent. Et puis je regarde notre planète, Elle a chaud sous nos mains maladroites, On lui prend son eau, ses forêts, sa tête, On lui laisse nos fumées, nos fautes. On salit la terre où l’on sème, On empoisonne les rivières, On respire pourtant ce qu’elle nous donne, Comme si nous avions "un choix" à faire Alors je ne fais pas de colère, Je n’ai pas de drapeau à brandir. Je suis seulement locataire de la terre, Et je la vois doucement souffrir. Je sais bien que mes petites mains Ne répareront jamais la planète, Mais si je peux rendre heureux quelqu’un, C’est déjà une petite fête. À quoi je sers… à quoi je sers… Je ne trouverai peut-être jamais. Mais tant qu’il reste un peu de lumière, Je peux "encore" la partager. Et si mon passage est dérisoire, S’il ne reste rien de mes labours J’aurai quand même eu cette histoire : Être un homme… et avoir aimé autour.

