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Tu n'as pas idée

V6

[Intro – piano seul, nappe de cordes lointaine] [Couplet 1 – voix grave, slam] Tu n’as pas idée — tu ne peux pas l’avoir — de l’amour qu’on peut porter pour ses enfants. C’est décrire à quelqu’un la couleur du vent, faire tenir l’océan dans un verre du soir, attraper le tonnerre à pleines mains. Ça déborde de partout, ça coule entre les mots, comme l’eau entre les doigts, et ça n’a pas de fin. Et pourtant j’essaie — tu mérites de savoir ce que tu m’as fait. [Couplet 2 – la contrebasse entre] Le jour où tu es née, le jour où vous êtes nés, mon cœur s’est décroché pour battre dans un autre corps. Je ne suis pas devenu meilleur, ni plus fort : juste nécessaire, d’un coup, tout entier. Une raison de me lever qui pesait trois kilos et sentait le lait tiède au creux de la nuit. J’ai tremblé en te portant, tremblé comme un roseau : ne l’abîme pas — c’est le plus sacré de la vie. [Refrain – chanté] Tu n’as pas idée, tu ne peux pas savoir : c’est porter son âme en dehors de soi, la regarder ramper, tituber, s’en aller — c’est pleurer, tout bas, des larmes qui ne sont pas à moi. [Couplet 3 – le groove entre, balais] Et personne ne te prévient, personne ne te dit qu’avoir un enfant, ce n’est pas donner la vie : c’est donner la sienne, morceau après morceau, ride après ride, nuit après nuit, mot après mot. C’est chercher le doudou à minuit sous la pluie, faire le loup, la sorcière, cinq soirs de suite au lit, répondre sept fois « pourquoi », finir le dos en poussière, et se dire : rien d’extraordinaire — mais c’était extraordinaire. [Refrain] [Pont – presque parlé, les cordes montent] Avant vous, je croyais savoir ce qu’aimer veut dire. Je pataugeais dans le sentiment comme un gosse dans les flaques, ça m’éclaboussait le cœur, et je trouvais ça immense. Et puis vous m’avez jeté dans l’océan. [Break instrumental – piano, contrebasse et cordes] [Couplet 4 – voix grave, plus bas] Et un jour tu partiras — c’est le but, c’est la loi : on t’apprend à marcher pour que tu t’éloignes, à parler pour qu’un jour tu nous dises « je peux, moi », à nager vers des mers où l’on n’ira jamais, au loin. Et le matin de la valise, on restera dans l’entrée, le sourire qui tremble et la gorge serrée, sans rien dire : les mots seront trop petits ce jour-là — la plus belle tragédie que l’amour ait écrite, la voilà. [Refrain final – chanté, pleine voix puis retenu] Tu n’as pas idée, tu ne peux pas savoir : on passe une vie à t’apprendre à t’envoler, et le jour où le vent t’emporte enfin là-bas, on découvre, en tremblant, qu’on n’a jamais eu autant besoin de toi. [Outro – piano, cordes qui s’éteignent, voix presque parlée] Tu n’as pas idée. Un jour, peut-être… quand tu tiendras le tien dans tes bras.