[Couplet 1] Ma fée, j’ai lu le noir au fond de chacun d’tes mots Les caps perdus trop vite, les départs pris trop tôt Les silences d’après, les regrets qui reviennent Et ce cœur qui s’abîme à force de s’faire sa propre peine Tu dis qu’la peur prend tout, la barre, le souffle, la voix Qu’tu blesses en reculant avant même qu’on te voie Qu’tu fais du bruit pour rien quand dedans tout s’effondre Et qu’la nuit sait très bien où te trouver pour te fondre [Pré-refrain] Mais moi, dans ton vacarme, j’entends surtout la mer d’une âme qui s’défend mal contre trop d’hivers [Refrain] Je te tiens dans la nuit, ma fée Même quand tu t’éloignes avant d’avoir essayé Même quand tes vieux démons te parlent plus fort que moi J’reste au bord de ton ombre sans te lâcher du regard Et j’t’aime dans le noir, ma belle Pas quand tout va bien, pas quand le ciel est fidèle J’t’aime là où ça tremble, là où t’as peur, là où tu saignes un peu Avec ton cœur cabossé et tes tempêtes dans les yeux [Couplet 2] J’sais qu’la Dépression vient comme un grand trois-ponts sans feu Lourd, noir, sans un fanal, pour t’faire croire qu’y a plus de bleu J’sais qu’la Lame passe bas, qu’elle rase l’eau sans bruit Qu’les Idées Noires savent attendre l’heure où plus rien ne luit J’sais qu’tu t’bats contre toi comme contre une marée contraire Qu’certains jours même respirer t’semble déjà trop cher Qu’tu voudrais mettre pause, sortir de ton propre crâne Mais qu’même le silence en toi sonne parfois comme une panne [Pré-refrain] Et pourtant t’avances encore, même sans y croire vraiment Et ça, ma douce, c’est déjà un courage immense et tremblant [Refrain] Je te tiens dans la nuit, ma fée Même quand tu t’éloignes avant d’avoir essayé Même quand tes vieux démons te parlent plus fort que moi J’reste au bord de ton ombre sans te lâcher du regard Et j’t’aime dans le noir, ma belle Pas quand tout va bien, pas quand le ciel est fidèle J’t’aime là où ça tremble, là où t’as peur, là où tu saignes un peu Avec ton cœur cabossé et tes tempêtes dans les yeux [Couplet 3] Moi, j’suis pas clair non plus, j’ai ma rouille et mes naufrages Le sel dans les mains, les vieux canons, les jurons de l’orage J’ai cru longtemps qu’un cœur devait tenir seul contre tout Puis t’es venue mettre du vivant dans mon vieux bois debout Alors oui, j’ai mon frère, et Dieu sait qu’il m’aide encore À tenir la ligne en mer, à rester droit sur le bord Mais quand le vent tombe enfin et qu’la rade devient muette C’est encore ton nom qui bat le plus fort dans ma tête T’es pas juste un manque T’es une lumière basse Le genre qui reste au fond même quand le reste s’efface T’es la douceur étrange qui m’fait tenir les mauvais jours Le seul feu assez calme pour réchauffer mes vieux contours [Pont] Alors écoute-moi bien, ma fée. J’te parlerai pas comme aux gens qui veulent des âmes faciles. J’te dirai pas “sois simple”, “sois sage”, “sois sans faille”. J’te dirai mieux : reste. Même en morceaux. Même fatiguée. Même pleine de bruit. Parce que moi, j’t’aime pas comme on aime une image propre. J’t’aime comme on aime un phare dans la brume : pas parce qu’il chasse toute la nuit, mais parce qu’il tient encore dedans. [Refrain final] Je te tiens dans la nuit, ma fée Même quand tu veux courir avant d’être touchée Même quand la peur te fait croire que t’es née pour tout casser J’te laisserai pas réduire à ce que la douleur veut raconter Et j’t’aime dans le noir, ma belle Plus tendrement encore quand ton âme chancelle Pas malgré tes tempêtes, non — avec tout c’qu’elles disent de toi Qu’tu te bats encore même quand t’as plus la force d’y croire Je te tiens dans la nuit, ma fée Et j’te jure sur la mer entière, sur mes mâts, sur mes marées Que si t’oublies un jour jusqu’à ta propre clarté Moi j’serai là, tout bas, pour te redire que t’es restée plus belle que le noir qui voulait t’avaler [Outro] Alors viens comme tu es. Sombre un peu. Fatiguée beaucoup. Tendre malgré toi. Moi, j’veux pas seulement la fille qui rit sous le soleil. J’veux aussi celle qui tremble quand la nuit la reprend. Parce qu’au fond, ma fée, c’est peut-être là que mon amour est le plus vrai : dans ma façon de rester près de toi quand toi-même tu n’arrives plus tout à fait à rester près de toi.