
Deux témoins, un instant. Deux souvenirs, deux versions. Qui possède la vérité Quand chacun confond mémoire et conviction ? Ils convoitent les places, les palais, les privilèges, Promesses en vitrine, compromis qui les piègent. Le mandat devient marchepied, la fonction territoire, L'intérêt général s'efface au fond de leurs mémoires. Les fortunes font pression, les décisions prennent un pli, Les puissants parlent aux puissants, les intérêts sont servis. Bénéfices privatisés, les factures pour les gens, Comment bâtir un avenir si l'équilibre fout le camp ? Mais je refuse les slogans, les coupables préfabriqués, Les réponses toutes faites, les cerveaux déjà braqués. Je veux comprendre les rouages, les raisons, les conséquences, Pas remplacer un dogme ancien par une autre intolérance. Le pouvoir a sa version, Le citoyen ses raisons. Même mot, même nation, Mais pas la même définition. Qui tient la vérité quand les mémoires se déchirent ? Qui protège la liberté quand les institutions chavirent ? Si le peuple perd sa voix sous le poids des décisions, Est-ce encore une démocratie ou seulement son nom ? On peut diverger sans se détruire, Se contredire sans se haïr. Si nul ne détient la vérité tout entière, Gardons ouverte la lumière. Même scène, même instant, mais deux récits divergents, L'un retient le mouvement, l'autre le cri, le sentiment. La peur colore les détails, la colère accentue les angles, La mémoire trie les fragments, puis la certitude s'installe. On répète son histoire, elle finit par sembler vraie, Toute contradiction devient l'attaque qu'on redoutait. Mais se souvenir n'est pas filmer, l'esprit reconstruit, On peut croire sincèrement à l'erreur qu'on reproduit. Le gouvernant voit l'État, ses contraintes, ses équilibres, Le citoyen voit les factures, les limites qui le privent. L'un parle de stabilité, l'autre étouffe sous les charges, L'un défend la continuité, l'autre demande qui la charge. La majorité peut-elle tout ? La minorité tout bloquer ? Qui répond quand les droits sont sacrifiés pour gouverner ? Peut-être qu'aucun camp ne voit la totalité du réel, Et que douter de soi-même est un courage essentiel. Qui tient la vérité quand les mémoires se déchirent ? Qui protège la liberté quand les institutions chavirent ? Si le peuple perd sa voix sous le poids des décisions, Est-ce encore une démocratie ou seulement son nom ? On peut diverger sans se détruire, Se contredire sans se haïr. Si nul ne détient la vérité tout entière, Gardons ouverte la lumière. On fait payer les cortèges, parfois même la contestation, Puis le peuple finance encore les moyens de répression. La police est nécessaire, mais nul uniforme n'autorise À placer la force hors du droit, à rendre l'abus invisible. Quand les fautes restent impunies, que les enquêtes manquent de clarté, La loyauté envers un pouvoir ne doit jamais acheter l'immunité. Et quand l'armée est évoquée pour contenir la population, Il faut mesurer le danger d'une telle décision. Le soldat sert le pays, pas les intérêts d'un seul, La force sans contrôle peut fissurer tout le seuil. Le citoyen n'est pas un ennemi parce qu'il demande des comptes, L'ordre sans justice est un silence qui se démonte. La démocratie n'est pas un trône à conquérir, Ni le droit d'avoir raison, ni celui de faire taire. C'est le pouvoir contrôlé, la parole protégée, Et l'effort de vérifier ce qu'on croit avoir constaté. Qui rend des comptes quand les intérêts sont opaques ? Qui contrôle les puissants quand les contre-pouvoirs craquent ? Des élections transparentes, une justice indépendante, Des institutions contrôlables, une presse vigilante. Redistribuer n'est pas punir, réussir n'est pa un crime, Mais une société s'effondre si les plus fragiles déclinent. Pas de guerre entre les gens, pas de haine en héritage, Je réclame des réponses, des limites, du partage. La démocratie s'abîme quand le pouvoir se croit propriétaire, Quand le doute devient faiblesse et la nuance adversaire. Nul n'est propriétaire du peuple, nul n'est propriétaire du vrai, Le pouvoir doit rendre des comptes et le citoyen vérifier. Qui tient la vérité quand les mémoires se déchirent ? Qui protège la liberté quand les institutions chavirent ? On peut diverger sans se détruire, Se contredire sans se haïr. Si nul ne détient la vérité tout entière, Gardons ouverte la lumière. Deux personnes. Un événement. Deux souvenirs. La démocratie ne demande pas qu'on pense pareil. Elle demande qu'aucun pouvoir Ne décide seul de ce qui est vrai.

