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Là où ça capte plus !

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V6

— T'as du réseau ? — Nada. — Bouge. — C'est toi qui bouges. — J'te fais antenne. — T'es déjà pas une antenne. Derrière le grand saule, ça tombe d'un coup, Quatre barres, puis trois, puis deux, puis plus rien du tout. J'lève ma brique au-dessus de ma tête, Tu dis : « Plus haut, frérot, fais pas la crevette. » On recule de cinq pas, ça revient. On s'avance de trois, ça disparaît. Tu dis : « J'ai trouvé la coupure. » Je dis : « T'as surtout trouvé un endroit où t'es nul. » On sait pas pourquoi ça coupe ici, On sait juste que ça coupe ici. Tu dis : « C'est peut-être une frontière. » Je dis : « Grave. Fais pas le tour. » Là où ça capte plus, on reste un peu, Là où ça capte plus, personne nous voit. On met des noms débiles sur les coins du terrain, Et pendant deux heures, c'est chez nous, c'est tout. Là où ça capte plus, on connaît personne, Pas de « t'es où ? », pas de « tu rentres quand ? » T'as perdu quatre barres, j'ai gagné l'après-midi, Et t'as même pas capté que j'étais content. On prend un bout de carton, tu fais la carte. Tu dessines une ligne et tu dis : « C'est la frontière. » Je dis : « C'est une clôture, champion. » Tu dis : « Ta gueule, je suis géographe. » Le fossé devient le Grand Canyon. Le tas de cailloux, c'est le poste frontière. La cabane au fond, c'est la capitale. « Et chez nous ? » — « Chez nous, c'est derrière. » On débat dix minutes pour savoir où c'est derrière. Puis tu me dis : « T'es bête ou tu fais exprès ? » Je te réponds : « Les deux, mais surtout toi. » Tu rigoles comme un débile, et tu continues. Là où ça capte plus, on change les règles, Le fossé est profond si on le décide. Le nord, c'est là où tu pointes du doigt. Le sud, c'est l'autre côté, faut pas discuter. Là où ça capte plus, tout devient énorme, Une cabane devient un fort, un arbre devient un poste. T'as zéro réseau mais t'as plein d'autorité, Et moi j'obéis juste pour voir jusqu'où tu vas. — T'as pris la brique ? — Elle capte rien. — C'est pas ce que j'ai demandé. — Bah si, t'as demandé la brique. — T'es grave. — C'est toi qui m'as appris. On la pose sur une pierre pour voir si ça change. Rien. On la pose sur l'autre. Toujours rien. Tu dis : « Elle est morte. » Je dis : « Non, elle fait semblant. » On la laisse là cinq minutes. Puis tu reviens la chercher comme si de rien n'était. Là où ça capte plus, on entend tout, Les branches, les graviers, un chien derrière les maisons. Tu dis : « J'entends mieux quand y'a rien. » Je dis : « Ça veut rien dire. » Tu dis : « Si. » Et pour une fois, je te chambre même pas. Là où ça capte plus, le temps fait n'importe quoi, On devait rentrer depuis une heure. T'as regardé le ciel, puis moi : « On dit qu'on a pas vu l'heure ? » Le soleil descend derrière les peupliers. On reprend le chemin sans la carte. Trois barres. Deux. Une. Puis la brique vibre dans ma poche. Tu regardes ton écran. Moi aussi. Des messages, des appels, des trucs en retard. Tu dis : « On est morts. » Je dis : « Pas encore. Éteins. » On retrouve le canal, les maisons, le rond-point. On était à dix minutes depuis tout ce temps. Tu dis : « J'te l'avais dit, c'était loin. » Je dis : « T'avais dit pays étranger. » Tu réponds : « Bah oui, mentalement. » Je te regarde. « Quoi ? » « Rien. T'es vraiment un cas. » Là où ça capte plus, on reviendra demain, On connaît le chemin mais on fera semblant de chercher. Là où ça capte plus, y'a rien d'important, C'est justement pour ça qu'on veut y retourner. Là où ça capte plus, garde ta brique éteinte, Si maman demande, on était juste dehors. T'as plus de réseau, moi j'ai plus de batterie, Mais on a encore deux heures avant qu'on nous r'trouve. — T'as remis le réseau ? — Non. — Pourquoi ? — J'ai pas envie. — T'as peur de répondre ? — Non. — T'es juste une feignasse. — Ouais. — On revient demain ? — Évidemment. — T'as la carte ? — Quelle carte ? — Voilà. T'es vraiment un cas. ********* Here is the complete text translated into English, completely stripped of all structural and instrumental cues, exactly as you requested: — Got a signal? — Nada. — Move. — You move. — I'm acting as an antenna for you. — You're not even an antenna. Behind the big willow tree, it drops all at once, Four bars, then three, then two, then nothing at all. I lift my brick above my head, You say: "Higher, bro, stop acting like a shrimp." We take five steps back, it comes back. We step forward three, it disappears. You say: "I found the dead zone." I say: "You mostly found a spot where you're useless." We don't know why it cuts out here, We just know it cuts out here. You say: "Maybe it's a border." I say: "Totally. Don't walk around it." Where the signal dies, we stay a while, Where the signal dies, nobody sees us. We give dumb names to the corners of the field, And for two hours, it's our place, that's all. Where the signal dies, we don't know anyone, No "where are you?", no "what time are you coming back?" You lost four bars, I won the afternoon, And you didn't even notice I was happy. We take a piece of cardboard, you play cartographer. You draw a line and you say: "This is the border." I say: "It's a fence, champion." You say: "Shut up, I'm a geographer." The ditch becomes the Grand Canyon. The pile of rocks is the border checkpoint. The shed at the back is the capital. "And where's home?" — "Home is behind us." We argue for ten minutes to figure out where behind us is. Then you say: "Are you stupid or doing it on purpose?" I answer: "Both, but mostly you." You laugh like an idiot and keep going. Where the signal dies, we change the rules, The ditch is deep if we decide it is. North is wherever you're pointing. South is the other side, no arguing. Where the signal dies, everything gets huge, A shack becomes a fort, a tree becomes an outpost. You've got zero service but plenty of authority, And I just obey to see how far you'll go. — Did you bring the brick? — It has no signal. — That's not what I asked. — Well yeah, you asked for the brick. — You're hopeless. — You're the one who taught me. We put it on a stone to see if it changes anything. Nothing. We put it on another one. Still nothing. You say: "It's dead." I say: "No, it's pretending." We leave it there for five minutes. Then you come back to get it like nothing happened. Where the signal dies, we hear everything, The branches, the gravel, a dog behind the houses. You say: "I hear better when there's nothing." I say: "That doesn't mean anything." You say: "It does." And for once, I don't even tease you. Where the signal dies, time messes around, We were supposed to be back an hour ago. You looked at the sky, then at me: "Let's just say we didn't notice the time?" The sun drops behind the poplars. We take the path back without the map. Three bars. Two. One. Then the brick vibrates in my pocket. You look at your screen. Me too. Messages, calls, late stuff. You say: "We're dead." I say: "Not yet. Turn it off." We find the canal, the houses, the roundabout. We were ten minutes away this whole time. You say: "I told you, it was far." I say: "You said it was a foreign country." You reply: "Well yeah, mentally." I look at you. "What?" "Nothing. You really are a piece of work." Where the signal dies, we'll come back tomorrow, We know the way but we'll pretend to search for it. Where the signal dies, there's nothing important, That's precisely why we want to go back. Where the signal dies, keep your brick turned off, If mom asks, we were just outside. max charactérs ^^