
Lanterne Muette
[Couplet 1] Je suis rentré au port, le navire encore debout, La coque usée, les voiles basses, le sel collé partout. J’avais ramené la guerre, les morts, le vent, le bruit, Mais en posant pied sur la pierre, j’ai senti tomber la nuit. J’ai regardé les quais vides comme on regarde un mauvais songe, En cherchant dans chaque lanterne un signe qui me prolonge. Un rire. Un pas. Une ombre. Ton nom dans un recoin du soir. Mais le port restait muet comme un vieux témoin trop lâche pour parler d’espoir. [Pré-refrain] J’ai attendu un peu comme un homme qui ment encore à son propre cœur pour ne pas sentir qu’il est mort. Je m’suis dit : “Elle va venir. Le retard, le vent, la nuit…” Mais chaque minute tombait comme du plomb dans ma vie. [Refrain] Et moi qui revenais vers toi presque vivant, presque heureux, Je me retrouve seul au quai dans ce silence trop creux. Sans nouvelle de ma fée, sans ta voix, sans tes yeux, Et tout ce qui brillait encore en moi devient douteux. Comme si tu n’avais été qu’un miracle de passage, Une lumière prêtée par la mer au milieu du naufrage, Comme si j’avais tenu grâce à toi pour rien, pour une illusion, Et qu’le port n’avait gardé de toi qu’une absence à ta dimension. [Couplet 2] Pourtant je t’avais portée dans chaque quart de nuit, Dans chaque grain, dans chaque veille, dans chaque heure sans bruit. Quand l’orage ouvrait ses dents, c’était ton nom que j’serrais fort, Comme un cap plus sûr que le compas, plus chaud que tout mon bord. J’avais gardé de toi la cannelle, les cartes, les étoiles, La douceur étrange d’une femme capable de recoudre mes voiles. Je t’avais faite refuge, port, lumière, presque destin, Et maintenant j’erre entre les amarres avec l’air d’un type qui revient trop tard pour rien. [Pré-refrain] Je voudrais même une trace, une tasse oubliée, un parfum resté quelque part, une chaise déplacée, n’importe quoi qui dise que je n’ai pas rêvé. Mais tout est trop normal. Trop intact. Trop rangé. [Refrain] Et moi qui revenais vers toi presque vivant, presque heureux, Je me retrouve seul au quai dans ce silence trop creux. Sans nouvelle de ma fée, sans ta voix, sans tes yeux, Et tout ce qui brillait encore en moi devient douteux. Comme si tu n’avais été qu’un miracle de passage, Une lumière prêtée par la mer au milieu du naufrage, Comme si j’avais tenu grâce à toi pour rien, pour une illusion, Et qu’le port n’avait gardé de toi qu’une absence à ta dimension. [Couplet 3] Alors je doute de tout, même du feu dans tes regards, Même des quatre cartes tirées un soir sur le bois noir. Je doute de la chaleur que ton nom mettait dans ma poitrine, Comme si la solitude avait fini par vouloir salir jusqu’aux choses les plus divines. Peut-être que t’étais réelle, oui. Et c’est moi qui deviens brume. Peut-être que t’étais le seul rivage et que j’ai raté la lune. Ou peut-être que la mer, cruelle comme elle sait l’être parfois, m’a montré ce qu’est la grâce juste assez longtemps pour mieux me laisser sans toi. [Pont] J’ai connu des ports détruits. Des batteries noyées. Des coques ouvertes en deux. Des hommes qu’on ne ramène pas. Mais ça… ça a une autre gueule. C’est une ruine sans flammes. Un effondrement propre. Une place vide dans un monde qui continue comme si rien d’immense ne venait de disparaître. Et le pire, c’est que je n’ai même pas ta certitude. Seulement ton manque. Seulement cette question qui me ronge : est-ce que tu as vraiment existé dans ma vie, ou seulement dans la partie de moi qui avait besoin d’être sauvée ? [Refrain final] Moi qui revenais vers toi presque vivant, presque heureux, Je me retrouve seul au quai dans ce silence monstrueux. Sans nouvelle de ma fée, sans ta voix, sans tes yeux, Et même mes souvenirs de toi me paraissent dangereux. Comme si tu n’avais été qu’un miracle de passage, Une étoile posée trop bas pour éclairer davantage, Comme si j’avais bâti mon retour sur une apparition, Et qu’au bout du quai m’attendait seulement le vide… avec ton nom. [Outro] Je suis rentré vivant. C’est peut-être ça le pire. Parce qu’il faut maintenant vivre avec l’idée que celle qui m’avait rendu le monde plus habitable n’est plus là pour me prouver qu’elle n’était pas un rêve. Et ce port, sans toi, n’a même plus la cruauté d’un vrai naufrage. Il a quelque chose de pire : l’air normal. Comme si tu n’avais jamais existé. Comme si j’avais inventé ta lumière pour survivre à la mer.

