
LES CISEAUX DANS LA POCHE
J'ai décousu les ombres des pieds, Elles gisaient là, en tas de chiffons sales. Je ne veux plus souffrir, mais vivre, Sentir le vent ou la sueur sur ma peau. Je ne veux plus fermer les yeux, Mais regarder le monde en face : Les failles du trottoir, le vol des moineaux, La lumière qui tremble au bord des toits. Et si l’ombre revient coudre ses fils à mes pieds, Je garderai des ciseaux dans ma poche. Je découperai le jour pour m’en faire un manteau. Les yeux grands ouverts, Sur tout ce qui résiste, Sur tout ce qui insiste, Sur tout ce qui existe Quand on choisit, enfin, de rester, même seule. Je veux rire pour revivre, Rire à défaire les nœuds, Rire à creuser ces sillons sur mes joues, Dans le poids des silences. Et si la douleur revient frapper, Je lui dirai : entre, assieds-toi, Mais ne t'installe pas. J'ai des fenêtres à ouvrir, des pas à inventer. Et si l’ombre revient coudre ses fils à mes pieds, Je garderai des ciseaux dans ma poche. Je découperai le jour pour m’en faire un manteau. Les yeux grands ouverts, Sur tout ce qui résiste, Sur tout ce qui insiste, Sur tout ce qui existe Quand on choisit, enfin, de rester, même seule. Je veux des matins qui claquent comme des draps, Blancs et crus, qui me prennent au col et me disent : debout. Je veux user mes semelles sur des chemins à venir, Saluer les herbes folles qui poussent entre les pierres, Apprendre la patience des murs sous la pluie. Je veux parler aux inconnus, la voix qui ne tremble pas, Échanger des feux avec les regards. Et si le vide vient rôder, la nuit, dans ma poitrine, Je lui servirai un Sakura. Je lui dirai : bois, réchauffe-toi, Car demain je sors. J’ai rendez-vous avec la mer ou avec rien, Et c’est pareil : c’est dehors. Je veux collectionner les cicatrices comme on ramasse des coquillages, Pas pour la douleur... pour la preuve que je suis là. Je veux des colères qui lavent au lieu de brûler, Des larmes qui arrosent, pas qui noient. Des fenêtres grandes ouvertes, plus des chaînes. J’ai des heures à perdre, des secondes à gagner, Des silences à planter des jardins, Des trains à rater pour recommencer. Et si l’ombre revient coudre ses fils à mes pieds, Je garderai des ciseaux dans ma poche. Je découperai le jour pour m’en faire un manteau. Les yeux grands ouverts, Sur tout ce qui résiste, Sur tout ce qui insiste, Sur tout ce qui existe... Sur tout ce qui reste à voir, Sur tout ce qui va arriver. Les yeux grands ouverts. C'est dehors. Je reste. ©️ @elaine_ln/LnP. Tous droits réservés.

