
La ville ne dort jamais vraiment. Elle change seulement de silence. Je regarde les fenêtres allumées. Derrière chacune d’elles, quelqu’un aime, quelqu’un attend, quelqu’un pleure peut-être. J’ai vu des mains se chercher puis se quitter sans un mot. Des promesses tomber plus vite que la pluie sur les carreaux. J’ai vu des cœurs revenir vers les mêmes tempêtes, comme si la douleur gardait encore le parfum de la fête. Je ne comprends pas toujours. Et peut-être que personne ne comprend. Pourquoi choisit-on le feu quand une fleur attend dans le vent ? Dis-moi, monde étrange, qu’a le feu que les fleurs n’ont pas ? Pourquoi les cendres restent-elles chaudes quand les roses meurent sans bruit ? On dit tous vouloir la paix, pourtant on danse avec les orages. On dit vouloir être aimés, pourtant on ouvre la porte au ravage. Dans le café d’en bas, un homme fixe son verre vide. À la table du fond, une femme sourit trop vite. Dans le métro de nuit, deux inconnus se frôlent, et chacun rentre chez soi avec un peu moins d’épaule. J’écoute les chansons anciennes. Elles racontent toujours la même chose : des départs, des retours, des regrets, et cette étrange lumière qui naît dans les blessures. Peut-être que l’amour n’est pas un refuge. Peut-être qu’il est une traversée. Une mer qui nous choisit avant même que nous sachions nager. Alors je cesse d’accuser. Ni les femmes. Ni les hommes. Ni les absents. Ni les incendies. Je regarde simplement cette vieille humanité qui cherche la chaleur même quand elle sait qu’elle va se brûler. Et soudain… je me reconnais dans ce mouvement. Dis-moi, monde fragile, qu’a le feu que les fleurs n’ont pas ? Pourquoi un cœur préfère-t-il parfois la chute à la lumière ? Je reste seul sous cette fenêtre, avec la nuit pour unique témoin. Et je comprends enfin : nous ne cherchons pas toujours le bonheur, nous cherchons parfois ce qui nous fait sentir vivants. La ville respire encore. Une fenêtre s’éteint. Une autre s’allume. Quelqu’un aime. Quelqu’un brûle. Quelqu’un offre des fleurs. Et la nuit continue, comme si le monde entier hésitait entre le feu et les roses.

