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Le Poids de l'Actif

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# LE POIDS DE L'ACTIF [Movement I – LA CHARPENTE] (Bruit d’une portière de luxe qui se ferme. Choc sourd et feutré. Cliquetis du métal qui refroidit. Piano grave, riche, une note toutes les quatre secondes.) La clé est un poids froid dans la paume. Une rotation calculée. Le pêne glisse dans la gâche — Le bruit d’une maison qui tient. Je pose le manteau par la couture. Les épaules restent d’équerre, même vides. L’intercorporéité se tait entre le tapis et le mur. Chaque chose à sa place. Chaque chose payée. [Pre-Chorus] La mâchoire est verrouillée derrière le « Bonsoir ». Une poutre maîtresse. J’entre dans la cuisine et je suis la table. Je suis le plafonnier. Je suis la raison pour laquelle le sol ne cède pas. [Chorus] Il y a la vapeur au-dessus du feu. Il y a son dos tourné vers l’évier. L’espace entre nous est une mesure. Une distance que j’ai maintenue Pour que le toit ne tombe pas. Presque dit. Le mot est dans la gorge, Mais le rôle est dans les dents. --- [Movement II – L’ANGLE MORT] (Piano désaccordé. Souffle de bande magnétique. Violoncelle riche en fond.) Je regarde ses mains sur le journal. Ce ne sont plus les mains que j’ai épousées. La peau a changé de grammaire, Le geste a pris un pli que je n’ai pas suivi. Le désinvestissement est une place nette entre nous. Je maintenais les murs, Je ne voyais pas les ombres bouger. [Pre-Chorus 2] Il y a cette langue qu’ils parlent entre eux, Une fréquence où je ne suis qu’un bruit de fond. L’équilibre est devenu un angle mort. J’ai gardé la charpente, Mais la vie a déménagé à l’intérieur. Je suis le propriétaire d’un vide. [Chorus 2] Le diaphragme ne bat plus. Il soutient. Il est une poutre entre les côtes. Jamais su. --- [Movement III – L’EXPOSITION] (Nappe de cordes amples. Vent d’hiver sous une porte.) Un café près de la gare. L’air est net, le verre est propre. Quelqu’un me regarde, Pas pour le chèque, pas pour l’ordre. C’est le regard, pas le rôle, qui me touche. Quelqu’un voit la couture qui tire sous l’épaule. « Tu es fatigué, » dit-elle. [Pre-Chorus 3] Le mot s’installe dans le froid. La mâchoire lâche un millimètre. Le fer de la montre devient brûlant. Je ne suis plus le mur, Je suis la poussière derrière le plâtre. [Chorus 3] Bien vu. Une seconde d’air dans les poumons, Une seconde où je ne suis plus la fonction. Le diaphragme tremble. C’est la première fois que je sens mon propre poids. --- [Bridge – LE GEL] (Silence domestique total. Cliquetis mécanique lointain de l’horloge.) Je remonte l’escalier. Une marche. Deux marches. Le bois ne grince pas sous mon pas — J'ai payé pour ce silence. Je l’entends respirer derrière la porte. Le clivage tient la charpente, Le Presque dit bat contre mes tempes. Mais je vérifie le verrou. Je vérifie le gaz. Je range mes chaussures, talon contre talon. Je ne vois pas. [Final Chorus] (Piano sec, autoritaire, sans pédale.) Je regarde le reflet dans le miroir du couloir. Je vois l’homme qui maintient le plafond. Je vois que si je parle, Si je laisse ce souffle sortir, La charpente s’écroule. Je vois que je ne veux pas voir. La structure reste en place. [Outro] (Silence. Un dernier accord sec, massif. Clic.)