
[Intro — radio, équipage en panique douce] Contrôle, ici l’équipe de secours. Décollage réussi. Trajectoire stable. Matériel embarqué. Blessés localisés. [Couplet 1] On avait les brancards bien rangés, les seringues, les packs d’urgence. Les gants, les pansements, et des discours pleins d’assurance. Le pilote bombait le torse, le gunner gardait son sérieux. Le chef disait : “Mission propre, on va leur montrer ce qu’on peut.” Les néons glissaient sur les vitres, la basse vibrait dans le plancher. On a quitté le spatioport, façon maîtrisée. Puis quelqu’un a demandé, avec un doute phénoménal : “Il est où, exactement, le fameux type médical ?” Silence dans tout le cockpit, plus personne ne respirait. Même l’ordinateur de bord a fait semblant de buguer. [Pré-refrain] On avait tout prévu, sauf le détail humain. Une équipe de sauvetage, sans celui qui sauve vraiment. [Refrain] On a oublié le médecin, dans le hangar numéro vingt. On part sauver le genre humain, sans le doc, c’est beaucoup moins sain. On a oublié le médecin, demi-tour sous les néons. Le vaisseau garde le rythme, mais nous, beaucoup moins le ton. [Couplet 2] Le capitaine a dit très calme : “Bon, on garde de la dignité.” Mais son thé tremblait un peu sur le tableau de gravité. Le mécano proposa vite : “J’ai vu deux tutos hier soir.” Le second a répondu : “Non. Ça commence très mal, ton histoire.” Le blessé nous appelait déjà sur une fréquence fatiguée. “Vous arrivez dans combien de temps ?” On a dit : “C’est compliqué.” Parce qu’on avait la volonté, la bravoure, la belle doctrine. Mais pour recoudre un pauvre gars, on avait surtout de la cuisine. [Pré-refrain] Y’a des héros dans les récits, des légendes, des grands destins. Et puis y’a nous, dans notre vaisseau, sans médecin. [Refrain] On a oublié le médecin, dans le hangar numéro vingt. On part sauver le genre humain, sans le doc, c’est beaucoup moins sain. On a oublié le médecin, demi-tour sous les néons. Le vaisseau garde le rythme, mais nous, beaucoup moins le ton. [Pont — parlé-chanté, ironique et disco] Alors on a fait demi-tour, très propre, très professionnel. Personne n’a dit “catastrophe”, mais tout le monde pensait pareil. Dans la radio, sa voix tranquille : “Vous partez sans moi, maintenant ?” On a répondu : “Pas du tout… on testait juste les instruments.” Il est monté sans faire de drame, avec son sac et son regard. Ce regard qui dit clairement : “Vous êtes courageux… mais bizarres.” On lui a tendu une gourde d’eau, et un vieux thermos de thé. Il a soufflé : “C’est gentil… mais commencez par m’embarquer.” [Couplet 3] Deuxième départ, cette fois complet, plus personne ne faisait le malin. Le médecin lisait son dossier, nous, on fixait nos mains. La mission s’est bien terminée, le blessé a pu respirer. Le capitaine a déclaré : “Voyez, c’était maîtrisé.” Depuis, avant chaque décollage, on fait l’appel calmement. Pilote, gunner, mécano, doc… et de l’eau obligatoirement. Et si le Dahu nous regarde depuis son coin dans le quantum, qu’il sache qu’à la Wyrm, parfois, la foi précède le minimum. [Dernier refrain — plus grand, chœurs d’équipage] On a oublié le médecin, mais on a sauvé la journée. On a perdu quinze minutes, et presque toute notre fierté. On a oublié le médecin, plus jamais ça, c’est certain. Enfin sauf si demain matin, on oublie le pilote aussi. On a oublié le médecin, mais l’histoire finit bien. Dans les grandes missions de secours, comptez les gens avant le chemin. [Outro — radio souriante] Rapport final : mission réussie. Procédure corrigée. Nouvelle règle de bord : avant de sauver l’univers… vérifier que le médecin est dedans.

