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A. Daudet 03 : Vraiment?

V6

Je ne vous aime pas, ô ma fière ennemie, Et puisque vous m’attendez, cessons donc de jouer. J’ai trop longtemps voulu, par orgueil ou folie, Faire de nos désirs des raisons de nous nier. Je ne vous aime pas… voilà notre comédie : Nous savons tous les deux qu’elle est bonne à briser. Je ne vous aime pas. Vous le dites encore, Et je reconnais là votre charmant mépris. Mais pourquoi donc vos yeux, quand le désir les mord, Ont-ils cette façon de démentir vos cris ? Vous avez beau couvrir vos lèvres de silence, Votre corps, lui, n’a jamais signé cette sentence. Je ne vous aime pas, dites-vous. Fort bien. Alors cessons tous deux de compter les victoires. Je n’ai plus envie d’être votre adversaire, Ni vous de me poursuivre au détour de mes soirs. Vous m’avez défié ; j’ai répondu sans gloire. À quoi bon nous aimer comme on mène une guerre ? Vous vouliez voir en moi le roc et l’airain ; J’ai joué les héros, vous les femmes cruelles. Mais le roc a ses failles, et l’airain ses mains, Et les hommes les plus fiers ont parfois des ailes. Je pourrais vous mentir encore, sauver les apparences ; Mais j’ai mieux à vous dire : venez, quittez la distance. Car je vous désire. Voilà le mot qui tremble. Il n’a rien de honteux, rien qu’il faille cacher. Je vous désire entière, avec ce qui vous ressemble, Votre insolence, vos silences, votre façon de me regarder. Je désire votre voix lorsqu’elle devient basse, Et cette étrange paix qui survient quand je m’approche. Je ne veux plus de vos hommes, ni de mes anciennes peurs, Ni de ces faux procès que nous faisons au désir. Qu’ils soient cent à vous courtiser, je n’en ai pas peur ; Je ne veux pas gagner : je veux vous voir venir. Et si vous avez peur de perdre votre empire, Venez donc le perdre entre mes bras, plutôt que dans vos soupirs. Vous dites que l’amour ne tient qu’à un fil. Soit. Ne le tirons plus jusqu’à le faire rompre. Il y a des vérités qu’un seul baiser révèle, Et des silences qui valent mieux que mille comptes. Nous avons assez parlé, assez joué les sages : Le désir n’est pas mort parce qu’il refuse les discours. Je ne vous aime pas comme on aime en société, Avec des mots polis, des promesses et des fleurs. Je vous aime avec cette insolence secrète Qui fait battre le sang plus vite que le cœur. Je vous aime quand votre regard me provoque, Et davantage encore quand votre assurance vacille. Vous êtes mon trouble, et je suis votre fièvre. Pourquoi faire semblant de ne pas le savoir ? Approchez donc un peu — je vous en donne le droit — Et laissez vos grands yeux achever leur histoire. Je ne promets ni ciel, ni éternité parfaite ; Je vous promets mes lèvres quand les vôtres les réclament. Alors, ma belle ennemie, assez de comédie. Assez de « je vous hais », de « je ne vous aime pas ». Nous avons fait de l’amour une étrange tragédie Quand il suffisait peut-être de faire un pas. Vous m’attendez toujours ? Alors ne bougez plus. C’est moi qui viens à vous. Et cette fois, je ne fuis plus. Je ne vous aime pas… Non. Je vous connais trop bien. Et si l’amour consiste à tomber les armures, À reconnaître enfin ce que l’on sait déjà, Alors prenez ma main, oubliez vos blessures, Et venez découvrir ce que nous ferons de ça. Je ne vous aime pas… Mais je vous veux près de moi. Et puisque nous savons, vous comme moi, pourquoi, Ne perdons plus une nuit à prétendre le contraire. Venez. Nous avons assez résisté. Je peux aussi en faire une **version beaucoup plus proche de la métrique et des rimes de Daudet**, avec un refrain récurrent « Je ne vous aime pas » mais une montée progressive vers l’aveu et la sensualité.