Vingt-trois heures quarante-cinq. La cabane tient debout. Les flammes dansent, le bois craque doucement. Dehors, la forêt retient son souffle. Même les insectes sont absents… Je suis seul dans ma cabane. J’ai cru qu’une branche avait frappé le carreau, Mais les arbres étaient figés, jusqu’au moindre rameau. Une buée s’étalait sur le verre gelé, Quelqu’un respirait dehors, beaucoup trop près… Je saisis ma torche, j’éclaire le couloir, Une silhouette se dessine, dans le reflet du miroir. Je me retourne, personne derrière moi, Mais le plancher gémit sous des pas que je ne vois pas. Je renverse l’établi, mes doigts cherchent les clés, Un choc fend la porte, les gonds sont arrachés. Je franchis le seuil, je m’enfonce dans les fougères, Je cours sans regarder, griffé par les ronces et les pierres. Le souffle se brise, mes jambes vont céder, La forêt se referme, impossible d’avancer. Je cours depuis des heures, mais rien ne semble changer, Et derrière moi, des ombres continuent de me traquer. Non… non, je suis seul. Je n’ai pas quitté le seuil. Pourquoi j’entends mes propres pas… Quand je ne bouge pas ? Derrière moi… Il n’y a personne. Derrière moi… Il n’y a personne ! Alors pourquoi… Pourquoi je sens son souffle ? Tu n’as jamais quitté la cabane… Je rouvre les yeux, le feu crépite toujours, L’établi n’a pas bougé, la cabane est intacte. Ma torche est près du lit, mes armes n’ont pas bougé, Mes mains n’ont aucune plaie, rien n’a jamais saigné. Au loin, le ciel pâlit, la nuit va se finir, Les premiers cris des bêtes me donnent envie de sourire. Je m’approche à pas lents, les yeux rivés sur le verre, J’attends que le soleil vienne éclairer la clairière. Je regarde au-dehors : le monde est arrêté, Pas une trace dans la boue, rien n’a jamais bougé. Puis trois empreintes se dessinent sur le palier, Comme si quelqu’un venait tout juste d’entrer… Vingt-trois heures quarante-sept… Je suis dans ma cabane. Dehors, il n’y a personne… Dedans… je ne suis plus seul…


