
### [COUPLET 1] [CIORAN] L'homme est un accident tardif dans l'économie du néant. Nous naissons sans nécessité, Nous vieillissons sans raison, Et nous mourons sans avoir résolu l'équation de notre présence. La conscience est une blessure. L'existence est un inconvénient dont personne n'a demandé la facture. [BAPTISTE LE POIVROT] Eh ben mon prince, faut t'aérer la cafetière ! Une blessure, tu dis ? Ben mets-y un peu d'rouge dessus ! On n'a jamais demandé à venir, c'est vrai, Mais puisqu'on est là, autant finir la bouteille ! Quand t'es monté dans l'autobus sans ticket, Tu vas pas descendre à la première station ! --- ### [COUPLET 2] [CIORAN] Le bonheur n'est qu'une interruption momentanée de la catastrophe. L'espoir est un vice. Les illusions sont les béquilles des esprits incapables d'affronter le vide. Toute joie porte déjà en elle son deuil. [BAPTISTE LE POIVROT] Écoute-moi, professeur... Même les enterrements finissent au bistrot ! Le bonheur, c'est peut-être une escale, Mais c'est pas une raison pour voyager debout ! Moi, les illusions, elles m'ont jamais empêché d'dormir. C'est même les seules qui payent encore leur tournée. --- ### [REFRAIN] [CIORAN] La lucidité est un exil. [BAPTISTE LE POIVROT] Et l'apéro, c'est un visa temporaire ! [CIORAN] Plus on comprend, plus on souffre. [BAPTISTE LE POIVROT] Alors Marcel, arrête les mots croisés ! [ENSEMBLE] Le monde est mal foutu, Mais y a encore du beaujolais. --- ### [COUPLET 3] [CIORAN] Le suicide constitue la seule idée véritablement consolatrice. Savoir que l'on peut partir Rend supportable l'humiliation quotidienne d'exister. [BAPTISTE LE POIVROT] Ah non, mon vieux ! Ça c'est du raisonnement de percepteur ! Parce qu'avoir la porte d'sortie, Ça oblige pas à prendre l'escalier ! Moi, j'garde toujours un parapluie dans l'entrée. C'est pas pour ça que j'souhaite la pluie ! --- ### [COUPLET 4] [CIORAN] L'humanité se reproduit par oubli. Si chacun possédait une conscience parfaite de l'absurdité, Les berceaux seraient vides et les églises désertes. [BAPTISTE LE POIVROT] Et les bistrots aussi, mon lapin ! Parce que les gosses, les chansons, Les dimanches et les histoires d'amour, Ça tient pas debout, mais ça tient quand même. Le monde, c'est une baraque en planches, Mais tant qu'elle s'écroule pas, On peut encore y faire cuire des saucisses. --- ### [COUPLET 5] [CIORAN] Je ne crois ni au progrès, ni au salut, Ni aux systèmes. Les siècles changent, Les hommes demeurent les mêmes. Toujours agités, Toujours déçus. [BAPTISTE LE POIVROT] Ben heureusement ! Parce que s'ils étaient parfaits, On pourrait plus se foutre d'leur gueule ! Les types, ça promet, ça triche, Ça trompe sa femme et ça pleure au mariage des enfants. C'est mal foutu, mais c'est vivant. Et puis la perfection, ça doit être d'un ennui ! --- ### [COUPLET 6] [CIORAN] Je n'ai trouvé de vérité Que dans l'insomnie, Le doute Et la fréquentation obstinée du néant. [BAPTISTE LE POIVROT] Et moi dans le p'tit blanc à six heures, Les copains disparus, Les dimanches pluvieux Et les chansons d'accordéon. Parce que vois-tu, monsieur Cioran, Le néant, ça fait peut-être des beaux livres, Mais ça tient pas chaud aux mains. --- ### [OUTRO] [CIORAN] La vie est une erreur métaphysique. [BAPTISTE LE POIVROT] Peut-être... Mais c'est la seule erreur qui sert encore des cacahuètes. [CIORAN] Nous sommes nés sans raison. [BAPTISTE LE POIVROT] Et pourtant, tous les soirs, Y a quelqu'un qui remet les chaises sur les tables. [ENSEMBLE] Et tant qu'il reste une lumière au fond du troquet, C'est qu'on n'a pas complètement perdu la partie.

