La forêt brûlait depuis l’aube, les grands arbres perdaient leur voix. Les bêtes regardaient les flammes comme on regarde une loi. Le ciel avait des mains de cendre, la terre un goût de dernier jour. Et dans ce monde qui se fendait, un petit cœur battait toujours. Il n’avait ni griffes, ni colère, ni grande phrase à déployer. Juste un bec plein de lumière et quelques gouttes à porter. Les éléphants disaient : “c’est inutile, tu vois bien que tout est perdu.” Les singes riaient dans la fumée : “ton océan tient dans ta vue.” Mais lui passait entre les branches, minuscule et presque brûlé. Il allait chercher dans la rivière ce que le feu voulait voler. Il ne disait pas : “je vais sauver le monde.” Il ne disait pas : “suivez-moi.” Il disait : “je refuse la honte de rester sec devant le bois.” Je fais ma part, mais je n’oublie pas les flammes. Je porte une goutte d’eau sans pardonner aux pyromanes. Je fais ma part, non pas parce que ça suffit. Mais parce qu’un cœur vivant ne signe pas l’incendie. On lui parlait de raisonnable, de chiffres, de fatalité. On lui disait : “sois responsable, apprends plutôt à t’adapter.” Mais les rivières devenaient maigres, les nids tombaient dans le charbon. Et les marchands vendaient des seaux percés du nom de la raison. Il descendait dans la fournaise, son bec léger chargé d’eau. Ses ailes tremblaient dans la braise, mais il refusait le chaos. Il savait bien que l’eau est faible quand le monde aime les brasiers. Mais il savait qu’être vivant, c’est parfois ne pas céder. Je fais ma part, mais je n’oublie pas les flammes. Je porte une goutte d’eau sans pardonner aux pyromanes. Je fais ma part, non pas parce que ça suffit. Mais parce qu’un cœur vivant ne signe pas l’incendie. Ce n’est pas la grandeur qui sauve, ce n’est pas le bruit des discours. C’est parfois une aile qui tremble et qui revient malgré le jour. Ce n’est pas une morale propre, ni l’excuse des puissants. C’est une petite révolte dans la bouche du vivant. Je fais ma part, avec mes forces minuscules. Je porte une goutte d’eau dans la gueule du crépuscule. Je fais ma part, et j’appelle les autres aussi. Car si le feu mange le monde, ce n’est pas au ciel qu’on obéit. La forêt brûlait encore, mais quelque chose avait changé. Dans la fumée, d’autres ailes commençaient à se lever.


