
Quand la rivière ralentit sa voix, Elles descendent sans laisser de pas. Le linge blanc tremble sous leurs mains, Comme un souvenir qui revient. La lune glisse sur les draps mouillés, Chaque pli retient une vie passée. Elles lavent ce que le jour a fui, Ce que personne n’a retenu. Elles lavent la nuit, Lentement, sans bruit, Les traces qu’on porte encore Quand on a trop dit non. Elles lavent la nuit, Et l’eau sait pourquoi, Ce qui reste au cœur Ne doit pas rester là. Le tissu colle comme une absence, Un corps oublié par le temps. Le fleuve prend sans jamais juger, Il emporte, mais ne promet. Sous leurs doigts, le linge cède, Comme une peur qu’on abandonne. Rien ne disparaît vraiment, Tout devient plus léger. Elles lavent la nuit, Entre deux silences, Les jours trop lourds, Les serments sans défense. Elles lavent la nuit, Jusqu’à l’aube pâle, Et la rivière garde Ce que l’on ne peut plus porter. Ne regarde pas trop longtemps, Ne dis rien en passant, Si tu repars différent, C’est que l’eau t’a reconnu. Elles lavent la nuit, Quand le monde dort, Et le linge suspendu Respire encore. Elles lavent la nuit, Et toi, sans le savoir, Tu marches plus léger Qu’avant de les voir. La rivière continue. Elles aussi.

