
J'étais là, mais j'étais plus
Depuis que je suis môme, Il y a des bouts qui s’effacent, Des minutes qui déconnent, Qui me filent entre les doigts. Je parle parfois dans le vide, Je raconte n’importe quoi, Et quand les autres me le disent, Moi, je m’en souviens même pas. J’étais là, mais j’étais plus là, Comme une lumière au fond d’un couloir, J’entendais bien, mais je comprenais pas, Et puis je revenais sans savoir pourquoi. J’étais là, mais j’étais plus là, La tête ailleurs, le corps quelque part, Je retrouvais doucement mes pas, Comme on rallume une vieille gare. Parfois j’oublie mon nom, J’oublie même où je suis, Le monde perd son plafond, Les murs changent de pays. Ça dure quelques minutes, Ou peut-être un peu plus, Puis les morceaux se remettent, Et je sais que je suis revenu. J’étais là, mais j’étais plus là, Comme une lumière au fond d’un couloir, J’entendais bien, mais je comprenais pas, Et puis je revenais sans savoir pourquoi. J’étais là, mais j’étais plus là, La tête ailleurs, le corps quelque part, Je retrouvais doucement mes pas, Comme on rallume une vieille gare. Le plus drôle dans l’histoire, C’est que je peux conduire parfois, Mes mains connaissent leur histoire Même quand je ne sais plus qui je suis, moi. Il y a des gestes qui continuent, Des réflexes qui font leur boulot, Pendant que ma mémoire s’est perdue À quelques rues de mon cerveau. Quand la vie devient trop grise, Quand l’ennui prend trop de place, Il y a quelque chose qui se brise, Ou peut-être qui s’efface. Alors j’attends que ça passe, Sans savoir combien de temps, Et je ramasse mes traces Quand je redeviens présent. J’étais là, mais j’étais plus là, Mais quelque part je revenais toujours, Avec mes trous, mes faux pas, Mes petits bouts de nuit en plein jour. J’étais là, mais j’étais plus là, Et même si je comprends pas tout, J’ai appris à rester là, À me retrouver morceau par morceau.

