
Je m’installe chaque matin, En terrasse du Bistro Latin, Devant un café, Pour la voir passer, Toujours un peu trop pressée… Je la vois arriver sur le trottoir d’en face, Et chacun de ses pas est un mouvement de grâce. Elle attend le feu vert pour traverser la rue, Et moi, je la contemple, le souffle suspendu. Et je vous jure que si j’en avais le pouvoir, Pour imprégner mon cœur de sa beauté si rare, J’arrêterai le temps sur cet instant précis, Et je l’admirerai le reste de ma vie… Je m’installe chaque matin, En terrasse du Bistro Latin, Devant un café, Pour la voir passer, Toujours un peu trop pressée… Elle commence sa journée quand je finis ma nuit, J’aimerais bien savoir ce qu’elle fait dans la vie. Je ne l’imagine pas en vendeuse de parfum, Elle commande à des hommes, ça c’est sûr et certain. Et voilà qu’elle traverse en marchant droit vers moi, Je veux croiser ses yeux mais elle ne me voit pas, Et son regard profond se perd dans le lointain, Comme si j’étais masqué par un miroir sans tain. Je m’installe chaque matin, En terrasse du Bistro Latin, Devant un café, Pour la voir passer, Toujours un peu trop pressée… Puis elle longe la terrasse sans même m’apercevoir, Je ne suis qu’un fantôme perdu dans son brouillard, Et je n’vois plus qu’son dos où dansent ses cheveux, C’est le moment où je suis le plus malheureux. Parfois j’ai envie de lui emboîter le pas, Juste pour découvrir ce que je ne sais pas, Un morceau de sa vie, une part de son mystère, Et puis savoir enfin ce qui la rend si fière. Je m’installe chaque matin, En terrasse du Bistro Latin, Devant un café, Pour la voir passer, Toujours un peu trop pressée… Le bruit de ses talons s’estompe doucement, Pas à pas, elle s’éloigne au milieu des passants, Sa démarche assurée leur impose le respect, Et chacun d’eux s’écarte pour la laisser passer. Elle s’en va travailler comme on part au combat, Et elle gagne une guerre à chacun de ses pas, Et moi je l’attendrai jusqu’à demain matin, Et peut-être oserai-je enfin, un geste de la main, Oui, peut-être oserai-je enfin, un geste de la main… Je m’installe chaque matin, En terrasse du Bistro Latin, Devant un café, Pour la voir passer, Toujours un peu trop pressée…

