
Les bois s’embrasent de couleurs fières, chaque jour plus profonds, plus clairs. Les jours se meurent, la nuit s’avance, le vent dépouille en son errance. Et si le ciel est bleu ce soir, bientôt viendra le voile noir. Les doux rayons, leur feu s’efface, devant le froid, la pluie qui passe. Depuis l’enfance et jusqu’à ce jour, l’automne est mon plus doux amour. Mon cœur s’éveille, ému, surpris, en joyeuse mélancolie. Je sens la vie brûler plus fort, comme pour défier le départ; les teintes brillent, comme si l’art devait bientôt geler encor’. Je bois plus vite ce grand éclat, avant que tombe un long trépas; chaque rouge ardent qui s’allume exhale un souffle avant la brume. Je vois s’enfuir chaque instant doux, si frêles nous, perdus dessous; j’aime ce qui s’en va, se tait, car là le sens du monde est né. Et m’enlacent encor les heures, où l’or dort sur chemins de pleurs. J’ai trouvé joie, la plus profonde, dans ce courage sombre du monde. Je vois la brume un peu s’ouvrir, un faux espoir s’y épanouir; j’apprends encor à regarder ce qui fut beau — et doit passer. L’hiver s’avance et reste muet, symbole du dernier secret. Faut-il plier sous la ruine? Non! Le sentir est ma doctrine! Car qui connut la beauté pure, dans brume, éclat, et fêlure, la garde au cœur, comme un cristal, malgré le froid, la nuit, le mal. Chaque feuille, au sol tombée, me dit que rien ne peut durer. Et chaque éclat, si bref, si clair, me parle du temps éphémère. Et quand l’oiseau dernier se tait, le ciel s’abat, pesant, discret; je sais, malgré tout le chagrin, qu’en l’éternel repose un lien.

