
© Lyrics by Harry Suez Je sais, mes affreux amis, vous vous demandez si peut-être Marie Trapu, de son nom de jeune fille Marie Bourloute, a mis au monde l’Antéchrist, par une Immaculée Conception diabolique. Culbutée par Belzébuth lui-même, ramonée par le grand timonier des enfers. Et bien, peut-être, peut-être. Car la pauvre Marie Trapu, de son nom de jeune fille Marie Bourloute, partageait sa vie avec un homme si méchant et si mauvais qu’il pourrait bien être le vaisseau, le truchement de ses engeances maléfiques. Le voilà seul sur ce lit, entre les jambes du cadavre de sa mère. L’origine du monde exposée, ravagée et sanguinolente. Il est sorti sur le ventre, et entre deux cris, sa petite bouche cherche le sein de sa mère. Mais point de mamelon pour le petit goulu, il ne trouve sous sa bouche qu’un bout de drap imbibé de sang. Voilà que dans le fracas de la tempête, ce petit animal abandonné se nourrit du sang de sa mère. Il tète, il tète. Sa petite bouche fait « mouich mouich mouich » Tel le Styx, s’écoulant de la porte des enfers, un flot de sang imbibe les draps. Le corps de la mère n’est pas encore froid et l’hémorragie mortelle continue son office. Le sang c’est la mort, le sang c’est la vie. Le gourmand se régale. C’est un festin d’hémoglobine. Je sais mes amis, vous vous dites. Un nourrisson se nourrissant de sang sans cesse, cela ne se peut. Et pourtant c’est la vérité toute nue. Il n’y a pas un mot de cette histoire qui peut être mise en doute. C’est l’exacte vérité. C’est certainement en ce jour maudit, que cet enfant, cet Emile Trapu, a pris goût au sang. Je suis sûr que vous aviez déjà compris qu’il s’agissait d’Emile Trapu mes perspicaces amis. Il reste seul sur ce lit pendant trois jours et trois nuits, ressuscitant tel Jésus, à la seule différence que lui n’est jamais mort. Pendant ces jours et ces nuits, Dieu seul sait les pensées exécrables que ce petit marcassin a ruminé dans sa caboche.

