Sur une île avec des arbres, du vent, des beaux sentiers, Le Parc Jean-Drapeau s’offre comme une carte postale bien cadrée. Tout semble calme vu de loin, presque trop normal, Mais quand ton temps s’arrête ici, tu comprends que rien n’est banal. La météo change d’idée comme un esprit trop brillant, Chaud, froid, pluie, soleil, tout ça dans le même instant. Mais écoute sous les feuilles, quand le silence se fissure, C’est pas la nature qui craque, c’est les êtres en cure. Parce qu’ici, faut l’avouer sans détour, Si le décor est fou, ils le sont tous autant chaque jour. Un asile à ciel ouvert, sans barreaux, sans couloir, Un décor de carte postale pour comportements bizarres. Un asile à ciel ouvert, statistique naturelle, Plus on observe longtemps, plus la métaphore est réelle. La beauté est officielle, contrôlée, réglementée, Chaque geste est balisé, consigné, validé. Le personnel du lieu oscille entre l’ordre et la fébrilité Mais sous la surface, quelque chose refuse d’être dompté Et pendant que tout s’ajuste sans jamais être certain, Le Dr Julien observe et répète. C’est pour votre bien. Un asile à ciel ouvert, sans murs et sans gardiens, Des patients fonctionnels en plein air, ça va bien. Un asile à ciel ouvert, normalité bancale, La folie est admise quand elle reste sociale. Le département des jardiniers, en phase de réadaptation, Des cas dits fonctionnels, sous stricte observation. Trop étranges pour le monde, trop vrais pour la fiction, Ils réapprennent à travailler, en douce réinsertion. Et Pendant que les dossiers s’empilent lentement, Le Dr Julien repère un groupe différent. Un asile à ciel ouvert, sans barreaux, sans couloir, Des patients à temps plein sous un décor illusoire. Un asile à ciel ouvert, suivi collectif normal, Ici, même les employés ont un dossier médical. Sébastien vit en surcharge, constante agitation, TDAH diagnostiqué, cerveau en accélération. Un projet en chasse un autre sans jamais s’arrêter, Mais au Parc il apprend quand même à respirer. Élise fonctionne sur le spectre, sensorialité amplifiée, Intérêts spécifiques marqués, communication filtrée. Billet rose anticipé, anxiété hiérarchique reliée, Avec les oiseaux, le système se calme et reste ajusté. Jeanne cherche l’équilibre par des gestes bien comptés, Chaque détail rassure quand le dedans veut déborder. Les vagues émotionnelles montent sans être annoncées, Mais dans ce lieu cadré, elles finissent par s’apaiser. Scarlett maîtrise les règles, lecture fine et calculée, Chaque cadre offre une faille à exploiter. Le travail se déplace vers la gestion argumentée, Dans ce système normé, ses congés sont validé. Carl présente une opposition stable, parole désinhibée, Pensée critique constante, normes fréquemment questionnées. Sa réalité se transforme en anecdote répétée. Un papillon suffit à le détourner des priorités Isabelle avance trop vite, charge mentale élevée, Responsabilité constante, repos différé. Quand l’émotion déborde, le contrôle est menacé, Mais le soin au vivant permet de se recentrer. Ici, personne n’est vraiment fou, ni vraiment sain, On fonctionne à moitié, ensemble, dans le même train. L’Équipe A s’est trouvée sans l’avoir vraiment cherché, Des âmes un peu croches qui ont appris à jardiner. Pas faits pour être populaire, ni pour jouer les modèles, Mais ensemble, ils ont du fun dans ce chaos parallèle. Un asile à ciel ouvert, sans mur pour nous séparer, Des marginaux ensemble qui ont appris à rester. Un asile à ciel ouvert, solidarité vitale, Quand les fous se reconnaissent, la folie devient normale. Un asile à ciel ouvert, sous les arbres et le vent, On tient debout ensemble, imparfaits mais présents. Un asile à ciel ouvert, sans remède miracle, Juste assez de confiance pour continuer le spectacle. Un asile à ciel ouvert, on replante chaque jour, Des vies un peu cabossées, avec patience et humour. Un asile à ciel ouvert, si le monde nous regarde, Qu’il sache qu’ici la folie pousse, mais jamais à la garde. Quand la cloche sonne le soir et que le Parc se repose, On n’est pas guéris, non, mais on tient quelque chose. Tant que les sentiers existent et que le vivant nous répond, On reste ici ensemble, en traitement… à l’horizon. Le docteur dit que c’est temporaire, que c’est pour le bien, Que tout ça prépare doucement à retourner dans le monde des gens. (Un asile à ciel ouvert), sans barreaux, sans couloir, On soigne nos petites failles à la pelle et à l’espoir. (Un asile à ciel ouvert), faut juste regarder autour, Ici, même la normalité prend congé pour toujours. On n’a pas trouvé la clé du monde ordinaire, Mais ici, entre nous, on respire plus clair. On avance croche, lucides, un peu cabossés, Un asile à ciel ouvert; et fiers d’y rester... Et fier d'y rester...