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Pesé l'étincelle

V6

[Intro – piano seul, arpèges lents] [Couplet 1 – voix féminine, presque parlée] Il y a eu un printemps — je ne dirai pas lequel — une voix qui m'ouvrait comme on ouvre une fenêtre. J'ai senti revenir, légère, presque cruelle, la fille de vingt ans qui voulait bien renaître. C'était doux, c'était vif, ça ne demandait rien qu'un oui du bout des lèvres, un pas sur le côté. J'ai tenu l'étincelle au creux de mes deux mains — et j'ai vu, derrière elle, tout ce que j'allais brûler. [Refrain – chanté] J'ai pesé l'étincelle contre la maison, la minute trop belle contre nos saisons. Ce n'était pas la peur, ce n'était pas la loi : c'est que ta douleur pesait plus que ma joie. [Couplet 2 – les percussions entrent, légères] La maison, ce n'est pas les murs, ni le crédit, ni les clés. C'est la marque au crayon des tailles sur la porte, le figuier qu'on a cru mort et qui a redonné, ta main qui cherche la mienne quand la nuit est trop forte. C'est des années de matins, de reproches, de fous rires, des mots qu'on est seuls au monde à comprendre à demi. Je n'allais pas donner tout ça pour un soupir — un feu de quelques jours ne chauffe pas une vie. [Refrain] [Pont – parlé, piano seul] Je ne dis pas que c'est toujours ça qu'il faut faire. Il y a des feux qui ne passent pas, et ceux-là, il faut les nommer. Mais celui-ci était un feu de passage. Je l'ai su parce qu'en pensant à toi, c'est lui qui a tremblé. [Break instrumental – piano et percussions légères] [Couplet 3 – voix plus posée] Alors je l'ai laissé partir, sans drame et sans mépris. Je n'ai pas eu honte de lui : il m'a dit que je vis. Je le garde quelque part, comme on garde un pays où l'on n'ira jamais, mais qui vous a souri. Et je suis rentrée chez nous par le chemin le plus long, j'ai vu de loin la lampe allumée du salon. Si je te le raconte, ce n'est pas pour un pardon : c'est pour que tu saches que je reste par choix, pas par raison. [Refrain final] J'ai pesé l'étincelle contre la maison, la minute trop belle contre nos saisons. Ce n'était pas la peur, ce n'était pas la loi : c'est que j'ai, en plein cœur, encore envie de toi. [Outro – piano, voix nue] Une étincelle. Une maison. J'ai choisi.