
[Couplet 1] J’suis au zinc, tranquille, Paname qui tousse dehors, les pavés qui parlent bas, J’me dis que la vie c’est pas des secondes, c’est un truc qui s’assied pas. L’horloge au mur, elle fait la maligne, elle croit qu’elle découpe l’monde en parts, Mais moi j’sens bien qu’le temps c’est du flou, du sale, du bazar sans départ. Ça s’appelle comment déjà son truc ? la “durée”… ou un nom d’intello, Mais dans ma tête ça veut dire : “tu vis même quand t’as plus de chrono”. [Couplet 2] J’ai cru longtemps qu’penser, c’était ranger la vie comme des godasses bien alignées, Mais la vie chez moi elle rentre bourrée, elle s’excuse jamais d’être débraillée. L’intelligence elle découpe tout, elle fait des morceaux propres pour rassurer, Mais la vraie tambouille du monde, elle refuse d’être emballée. Moi j’crois que j’ai compris un truc chelou en regardant la fumée monter : La vérité, elle tient pas en carré, elle préfère les coins cassés. [Couplet 3] Y’a un mot qu’il aime bien l’philosophe : intuition… un truc de flair intérieur, Moi j’connais ça sans le savoir : sentir si la rue t’laisse une chance ou un malheur. C’est pas réfléchir, c’est glisser dans l’instant sans demander l’autorisation, C’est comprendre avant même d’ouvrir la bouche ou d’chercher la raison. Dans ma vie, j’ai appris plus avec les silences qu’avec les discours bien faits, Les silences, eux, ils mentent jamais, ils t’laissent seul avec c’que t’as fait. [Couplet 4] Il parle aussi d’un truc bizarre, l’élan vital, un moteur invisible, Un genre de courant dans les gens, même quand tout semble impossible. Et j’me dis qu’c’est peut-être ça qui fait qu’on continue même quand ça fait mal, Qu’on traîne nos gueules dans la vie comme des soldats sans général. C’est pas logique, c’est pas propre, c’est pas rangé dans les dossiers du destin, C’est juste un truc qui pousse à avancer même sans savoir où ça mène, au matin. [Couplet 5] La mémoire… j’croyais que c’était un tiroir plein de trucs bien classés, Mais en vrai ça revient comme la pluie sur les carreaux déjà fermés. Un visage, une odeur, et hop t’es plus au présent, t’es ailleurs sans bouger, Le passé il s’invite sans frapper, il commande un café sans payer. Et j’me rends compte que j’suis fait de tout ça, du présent mélangé au passé, Une sorte de brouillon vivant qui s’arrête jamais d’être écrit. [Couplet 6] La liberté… j’pensais que c’était choisir, genre deux portes, deux chemins, Mais non, c’est plutôt devenir soi tellement fort que même le doute devient chemin. C’est pas faire un choix propre, c’est être pris dans un mouvement entier, Un truc qui te dépasse mais qui vient de toi sans jamais t’expliquer. Et moi, titi d’Paname, j’me dis sans faire le malin ni le savant : Peut-être que j’suis pas un type dans le temps… mais du temps qui devient vivant.

