
*[Couplet 1 – Dieu, la Nature et le petit serveur]* « Écoute-moi bien, Momo, remplis donc les demis, Y a pas d'patron là-haut qui compte les conneries. Le Bon Dieu qu'on t'a vendu avec des anges en plâtre, C'est les pavés, les moineaux, le pinard et les astres. Tout est dans tout, mon p'tit, faut pas chercher plus loin. Le ciel, c'est pas un bureau avec Saint Pierre au coin. Dieu, c'est la grande baraque, nous on est les locataires. On croit qu'on est propriétaires, on est juste d'passage sur Terre. » **[Brève de comptoir]** « Les types qui causent au Bon Dieu, c'est souvent ceux qui répondent jamais aux voisins. » --- *[Couplet 2 – Le déterminisme]* « Tu vois, Jojo, quand le vieux Marcel engueule sa bourgeoise, C'est pas parce qu'il est méchant, c'est qu'il a mal aux phalanges. Et quand Léon boit trop, c'est pas qu'il aime la vinasse, C'est qu'y a des choses dans sa caboche qui lui font la grimace. Les hommes se croient libres comme des poissons dans la Seine, Mais un poisson, même libre, il nage où l'eau l'emmène. On est tous poussés, fiston, par des raisons qu'on ignore. On appelle ça "choisir", faute de connaître le décor. » **[Brève de comptoir]** « L'homme libre, c'est souvent un prisonnier qui connaît pas le nom du gardien. » --- *[Couplet 3 – Le conatus]* « Regarde la vieille Germaine qui boîte depuis Verdun, Elle a perdu son Jules, son bistrot, ses économies pour rien. Ben malgré ça, tous les matins elle se met du rouge aux lèvres. Ça, mon garçon, c'est le moteur qui fait tenir les fièvres. Tout veut durer un peu, même les fleurs dans les caniveaux, Même les chats sans collier et les poivrots du métro. Ça a un nom chez les savants, mais chez moi ça s'appelle : "Continuer quand même", même avec des semelles de ficelle. » **[Brève de comptoir]** « Vivre, c'est une habitude qu'on perd jamais tout à fait. » --- *[Couplet 4 – Les passions tristes]* « Fais gaffe aux jaloux, Jojo, c'est des comptables du malheur. Ils comptent les succès des autres comme on compte ses douleurs. L'envie, la haine, la rancune, ça t'rétrécit la poitrine, Ça t'fait voir des ennemis jusque dans les vitrines. Les passions tristes, mon p'tit, c'est des usuriers du cœur. Ça te prêtent de la colère et te reprennent ton bonheur. Plus tu leur verses à boire, plus elles vident ton tonneau. » **[Brève de comptoir]** « Y a des types qu'ont tellement peur d'être malheureux qu'ils s'entraînent toute leur vie. » --- *[Couplet 5 – La joie et la raison]* « La joie, Jojo, c'est pas gagner au tiercé du dimanche. C'est quand t'as l'impression que ton âme se démanche. Quand tu comprends un truc, même un petit morceau, T'as l'impression qu'le monde est moins lourd sur le dos. La raison, c'est pas un flic qui t'interdit les bêtises. C'est une lampe à pétrole quand les passions te méprisent. Comprendre, c'est déjà guérir un peu du vacarme humain. » **[Brève de comptoir]** « Les imbéciles veulent avoir raison. Les sages préfèrent comprendre pourquoi ils avaient tort. » --- *[Couplet 6 – La liberté et l'amour du monde]* « Alors écoute, Jojo, quand tu rinces les verres le soir, Ne cherche pas à être roi, ni prophète, ni notaire. Comprends juste pourquoi tu ris, pourquoi tu pleures parfois. Comprends d'où vient la colère avant qu'elle parle pour toi. Et quand tu verras qu'on est tous dans la même mécanique, Tu finiras par aimer le bazar magnifique. Pas avec des violons, non, mais avec un sourire discret. Parce qu'au fond, mon garçon, comprendre c'est déjà aimer. Et si quelqu'un te demande ce qu'a dit Spinoza, Tu répondras simplement en essuyant le comptoir : **"Le monde est comme il est... et c'est déjà un miracle qu'on y trouve encore du beaujolais."** » **[Dernière brève de comptoir]** « Les philosophes, c'est des types qui mettent des grands mots sur les choses que les ivrognes savent déjà. »

