
La nuit s’étire au ras des terres Comme une bête qui cherche à manger Y’a pu rien d’humain dans la lumière Juste le froid qui refuse de crever L’eau noire frappe contre les pierres Les arbres plient sans faire de bruit Une maudite lune fend les nuages Pis moi, j’avance encore dans nuit J’ai laissé ma chaleur derrière Quelque part avant le dernier chemin Icitte, même les prières se perdent Avant de se rendre jusqu’au matin J’veux voir c’qui dort dans le noir C’qui nous regarde sans avoir d’yeux C’qui fait trembler les vieilles mémoires Quand le ciel devient silencieux Que mon cœur gèle, sacrament Que le froid me traverse jusqu’au sang Si les ténèbres veulent de moi À soir, j’vas marcher avec elles Y’a des présences entre les arbres Des choses qu’on nomme pas deux fois Des vieilles histoires enterrées Qui savent encore parler tout bas Le vent les ramène à mes oreilles Comme des paroles venues d’avant J’comprends pas tout ce qu’elles racontent Mais crisse que j’les comprends pourtant Je cherche pas le paradis J’ai jamais cru à sa lumière Moi, j’veux descendre où l’âme hésite Entre la folie pis la poussière Plus creux Encore plus creux Là où le temps perd son chemin Plus noir Encore plus noir Là où commence l’autre monde Quelque chose brûle dans ma poitrine Sans feu, sans flamme, sans chaleur Une force ancienne qui s’obstine À vouloir se nourrir de mes peurs J’la sens grandir quand tombe le soir J’la sens gratter derrière mes yeux C’est peut-être le démon des vieux contes Ou juste le pire morceau de moi Ça change quoi, au fond? Le mal porte pas toujours des cornes Des fois, y porte notre visage Y’attend tranquille derrière nos portes Pis vieillit avec nous autres en silence J’veux voir c’qui dort dans le noir Même si j’en reviens jamais pareil J’veux traverser l’autre bord du miroir Avant le retour du soleil Que mon cœur gèle, tabarnak J’ai pu besoin qu’on me protège J’ai trouvé quelque chose dans la nuit Qui laisse aucune trace dans neige Les années passent comme des ombres Les morts disparaissent pas vraiment Ils deviennent des craquements dans maison Des noms qu’on prononce moins souvent Pis quand le crépuscule arrive Le monde semble retenir son souffle Plus d’oiseaux. Plus de vent. Rien. Ensuite… Au loin… Quelque chose bouge. Pis cette fois… J’suis pu tout seul.

