
[Intro – célesta seul, motif de conte, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave, slam, ton de conteur] Il était une fois — et c’est la cinquième fois — le même livre usé, la même page cornée. Tu connais chaque mot, tu me surveilles du doigt : pas question d’en sauter un, pas question de tricher. Alors je fais le loup, la voix rauque, le dos rond, je fais le vent qui siffle sous la porte fermée, la pluie du bout des doigts sur ta couette en coton, la sorcière qui ricane, le dragon enrhumé. [Refrain – chanté doucement, voix féminine, comme une berceuse] Le loup, le vent, la sorcière, le dragon et la pluie, cinq soirs de suite, comme hier, la même histoire, la même nuit — et tes yeux grands comme la mer au même endroit du récit : et si le petit lapin, cette fois, ne retrouvait pas son logis ? [Couplet 2 – piano et balais très légers] Chaque soir au même passage, tu retiens ta respiration, tu tires le drap très haut, jusque sous le menton, comme si l’histoire, ce soir, pouvait prendre un autre chemin, comme si l’on ignorait qu’il rentre au matin. Et moi je ralentis, je fais durer le suspense, je tourne la page lente comme on ouvre un trésor — et ton rire qui éclate, d’un coup, à la délivrance, le même rire chaque soir… et je l’attends encore. [Refrain] [Pont – parlé, célesta seul] Puis je referme le livre. Un baiser sur ton front. J’éteins la lumière. Et je ne pars pas. [Break – célesta et piano, très doux] [Couplet 3 – voix grave, presque chuchotée] Je reste là, debout dans le noir, sans un bruit, l’épaule contre la porte, la main sur la poignée. J’écoute ta respiration descendre dans la nuit, comme on écoute la mer, les soirs d’été, pour être sûr qu’elle ne s’arrête jamais, que la vague revient, que la vague repart… Je n’ai jamais rien fait d’aussi beau, d’aussi vrai, que de veiller ton souffle, chaque soir, dans le noir. [Refrain final – deux voix, tout bas] Le loup, le vent, la sorcière sont rentrés dans le livre, endormis. Il ne reste que la mer qui respire au fond de ton lit. Et je reste, comme hier, à écouter ce tout petit bruit, le plus beau son de la terre : toi qui dors. Toi qui vis. [Outro – célesta seul, qui s’éloigne, voix parlée] Demain… on la relira. La même.

