
[Intro – boîte à musique seule, la mélodie de « Trois kilos », puis le piano] [Couplet 1 – voix féminine claire, presque parlée] Tu me disais : « Tu n’as pas idée », et moi je levais les yeux, je trouvais ça trop grand, des mots de papa un peu fatigué, des phrases qu’on dit pour faire semblant. Et puis une nuit, à quatre heures, dans un couloir qui sentait le savon, on l’a posé sur moi, tout rouge, tout froissé, cinq doigts sur un seul des miens — et j’ai changé de nom : c’est moi, maintenant, qui ne sais plus respirer. [Refrain – chanté] Maintenant je sais, papa, maintenant je sais ce que tu portais sans jamais le dire tout à fait. Tu avais raison, les mots sont trop petits : alors je t’appelle, ce soir, juste pour te dire « merci ». [Couplet 2 – boîte à musique et piano, balais légers] Hier soir, à minuit, j’ai fouillé sous le canapé, en pyjama, sous la pluie, la lampe du téléphone. Ce soir, j’ai fait le loup, le vent, le dragon enrhumé — et dans ma voix, papa, c’est la tienne qui résonne. Je reste debout dans le noir à l’écouter respirer, je me demande, à trois heures, si je suis à la hauteur… Et je revois ta silhouette, ce matin-là, dans l’entrée, et je comprends, vingt ans après, ce que taisait ton cœur. [Refrain] [Pont – parlé, boîte à musique seule] Je n’ai pas su te le dire, le jour où je suis partie. J’ai écrit « bien arrivée ». Deux mots. Toi, tu les as trouvés assez grands. Moi, je les trouve si petits, maintenant. [Break – boîte à musique et piano] [Couplet 3 – voix plus mûre] Un jour, lui aussi partira, sa valise à la main, et je resterai dans l’entrée, la gorge serrée, comme toi. Et peut-être qu’un soir, je lui dirai, pour rien : « Tu n’as pas idée… » — et il lèvera les yeux, comme moi. Alors ce soir je t’appelle, il est tard, tu décroches, tu demandes si tout va bien — oui, papa, tout va bien : juste un tout petit qui dort, là, tout près, tout proche, et la couleur du vent, que je connais enfin. [Refrain final – chanté, plus tendre] Maintenant je sais, papa, maintenant je sais ce que tu portais sans jamais le dire tout à fait. Tu avais raison, les mots sont trop petits : alors je t’appelle, ce soir, juste pour te dire « merci ». [Outro – boîte à musique seule, qui ralentit puis s’arrête] (lui, voix grave, parlé) Alors… maintenant, tu as idée. (elle) Oui. (lui) Bienvenue.

