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Aliénor

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# ALIÉNOR [Intro — voix lointaine] É-o… é-o… Hey-ya… hey-ya… [Couplet 1] On raconte qu’au temps des vieux bois, vivait une fée nommée Aliénor. Elle portait sous ses ailes claires une lumière plus vive que l’or. Elle riait près des rivières, elle dansait quand soufflait le vent, jusqu’au jour où dans la forêt noire elle croisa un cœur sans printemps. Un Blackheart. Elle lui donna un peu de lumière. Il resta sombre. Elle lui en donna davantage. Il en voulut encore. [Refrain] É-o, Aliénor, garde ton feu, garde ton or. Hey-ya, Aliénor, toutes les ombres ne cherchent pas l’aurore. É-o, Aliénor, ne donne pas ton cœur entier. Car certains viennent chercher la lumière seulement pour la dévorer. [Couplet 2] Mais Aliénor continua, comme savent le faire les fées. Elle croyait qu’avec assez de lumière même la nuit finirait par céder. Puis un soir le Blackheart frappa, plus fort qu’il ne l’avait jamais fait. Et Aliénor comprit enfin qu’il reviendrait tant qu’elle brillerait. Alors elle prit ses ailes entre ses mains. Et les arracha. Le Blackheart ne vit plus de lumière. Alors il partit. [Instrumental — low whistle] É-o… Hey-ya… [Couplet 3] Aliénor tomba sur la terre. Les fées savent voler, mais les fées ne savent pas marcher seules. Elle marcha pourtant. À travers les pierres, les racines, la boue des chemins. Jusqu’au jour où sa cheville céda au milieu d’un vieux bois. Elle ne cria pas. Elle ne pleura pas. Elle attendit. [Couplet 4] C’est là qu’un chevalier la trouva, un homme qu’on appelait Cœur de Lion. Il lui tendit la main. Elle refusa. Alors il resta près d’elle sans poser de question. Et lorsqu’il regarda Aliénor, il vit quelque chose qu’elle cachait. Ses ailes avaient disparu. Mais pas sa lumière. [Refrain] É-o, Aliénor, tes ailes n’étaient pas ton trésor. Hey-ya, Aliénor, le feu vivait ailleurs encore. É-o, Aliénor, on peut tomber sans s’éteindre. Et parfois quelqu’un nous regarde sans demander de nous atteindre. [Couplet 5] Le chevalier connaissait les Blackhearts. Ils avaient laissé en lui des cicatrices anciennes et une ombre qui revenait certaines nuits. Aliénor voulut l’aider. Elle ne pouvait pas effacer ses blessures. Alors elle lui tendit la main. « Quand ta lumière deviendra trop faible, je te prêterai un peu de la mienne. » Pas toute. Jamais toute. [Montée] Ils marchèrent ainsi. Lui avec ses ombres. Elle sans ses ailes. Puis un matin, quelque chose perça la peau dans le dos d’Aliénor. Une plume. Puis une autre. Puis une autre encore. [Dernier refrain] É-o, Aliénor, tes ailes repoussent encore. Hey-ya, Aliénor, plus fortes qu’elles ne l’étaient alors. É-o, Aliénor, garde une lumière pour toi. Tu peux éclairer ceux que tu aimes sans disparaître chaque fois. [Outro] Et le chevalier ? Ses cicatrices étaient toujours là. La nuit aussi. Mais un soir il regarda Aliénor et lui dit : « Je ne sens presque plus le noir. » Alors elle comprit. Elle ne l’avait pas sauvé. Elle lui avait seulement prêté assez de lumière pour qu’il retrouve la sienne. É-o… É-o… Et depuis, dans les vieux bois, on raconte qu’une fée vole parfois près d’un chevalier au cœur de lion. Il ne lui demande jamais de rester. Et c’est peut-être pour cela qu’elle revient toujours. Hey-ya… É-o…