
107. Face cachée
Je contemple mon ombre qui s’étire dans la lumière du réverbère. Elle frétille d’impatience de se lancer à corps perdu dans quelque aventure risquée. Elle a le gout de l’interdit, à n’en pas douter. Elle murmure à mon oreille des idées incongrues. Je la vois se fondre dans la masse des silhouettes sombres qui s’agitent au fond de l’impasse. Elle se trémousse, joue des coudes, veut assister au spectacle. Non, mieux ! Elle veut se donner en spectacle. Nul besoin de scène ou de lumière. Bien au contraire, la nuit est son amie. Dans ce clair-obscur, mon trou noir palpite d’énergie. Elle semble soudain inverser les règles de l’univers. Tous les yeux s’y abiment en dedans, absorbés. Mon ombre en ressort plus grande, plus dense, plus puissante. Me voilà désormais dans l’ombre de mon ombre. C’est donc cela l’autre face de moi-même ? La face cachée ? Je l’observe étonnée, attirée. Elle s’étire, s’avance plus loin dans l’obscurité. Je suis mon ombre, au bout de moi-même

