
[INTRO] Mon frère, tu t’arrêtes devant le silence et tu refuses de lui prêter une voix. Sur ce point, nous sommes d’accord. La divergence n’est pas là. Elle est ici : ce que le regard fait au moment où il dit que le silence n’est que silence. [1] Tu dis : (« Je constate une absence. ») Avec quoi ? Si les yeux, les oreilles, l’esprit ne couvrent pas le réel, le mot « absence » nomme-t-il le réel ou la limite de ce qui a cherché ? Est-ce un constat sur le ciel ou un constat sur la mesure ? [2] Tu dis : (« Dieu ne me doit aucune réponse. Donc son silence ne m’en doit pas davantage. ») D’accord. Alors pourquoi ce même silence devient-il un argument contre le Nom ? S’il est neutre, il ne prouve rien. S’il prouve l’absence, il n’est plus neutre. Les deux à la fois : comment ? [3] Tu dis : (« Je ne sais pas. ») Ces quatre mots, sont-ils encore ouverts ou ferment-ils déjà une porte : ceci n’a pas le droit d’être appelé Dieu ? Refuser de prêter une voix au silence est une chose. Décider ce que le silence n’est pas en est une autre. Laquelle des deux fais-tu ? [4] Tu regardes les ruines et tu refuses d’inventer l’architecte. Juste. Mais « il n’y a pas d’architecte » est encore une phrase écrite sur les mêmes pierres. Qui autorise cette phrase-là si la page doit rester blanche ? [5] Tu demandes : (« Comment sais-tu que quelqu’un écoute ? ») La question suppose qu’un regard non distordu peut trancher présence ou absence. C’est là le nœud. Considérer être capable de définir la présence de Dieu ou son absence, n’est-ce pas déjà mettre l’intellect sur le siège ? Non pas croire. Non pas douter… :Statuer. [6] Tu recules d’un pas, puis d’un autre : plus de contrat, plus de miracle, plus de Nom. Chaque pas a l’air plus pauvre. Mais le regard qui arrive au « rien » et le déclare rien a-t-il cessé d’interpréter ou a-t-il seulement interprété le seuil ? Comme le rien avant le monde : personne ne le tient. Chacun le raconte déjà. [OUTRO] Je ne te demande pas d’appeler le silence Dieu. Je te demande seulement si (« je ne dois pas l’appeler Dieu ») est encore une pauvreté… ou déjà un verdict. Si c’est une pauvreté, elle peut rester ouverte. Si c’est un verdict, le tribunal n’a pas fermé. Il a changé de sentence. Mon frère, sur le silence qui ne doit rien, nous sommes du même côté. Sur le droit du regard à conclure ce que ce silence est — ou n’est pas : non. Merci encore pour cet échange…

