[Couplet 1] Y a une ombre qui traîne au bout de la rue Un type discret qu’on regarde à peine Toujours bien droit dans son long pardessus Les mains propres mais les ongles pleins Il salue personne, mais connaît les noms De ceux qui tombent avant la nuit Il écoute le vent, il jauge les saisons Et sourit quand le silence crie Il s’approche parfois, sans un mot, sans bruit Se penche au bord du dernier soupir Et d’un geste étrange, presque poli Vient mordre un orteil pour s’assurer du pire [Refrain] Il s’est installé près du saloon Pour être au plus près du client Entre le whisky, la poudre et la fortune Il attend son heure tranquillement Il s’est installé près du saloon Là où tout finit souvent Il connaît la fin de chaque refrain Avant même le premier coup de vent [Couplet 2] À midi, la rue devient théâtre Deux ombres face à face, mains en feu Les regards d’acier, les nerfs qui se battent Et la mort qui compte jusqu’à deux Lui reste en retrait, carnet en main Il observe les chutes et les angles Prend des mesures sur le destin Comme un tailleur sur mesure d’ombres Bois sombre, velours ou simple pin Chaque boîte a son importance Il ajuste les formes au dernier chemin Avec une froide élégance [Refrain] Il s’est installé près du saloon Pour être au plus près du client Entre le whisky, la poudre et la fortune Il attend son heure tranquillement Il s’est installé près du saloon Là où tout finit souvent Il connaît la fin de chaque refrain Avant même le premier coup de vent [Couplet 3] Son seul ami travaille plus haut Sur la colline où grincent les cordes Un gars tranquille, un peu bourreau Qui serre des nœuds comme d’autres accordent Ils partagent un verre à la nuit tombée En riant de leurs journées pleines Entre une potence et un cercueil cloué Ils parlent du poids des chaînes humaines Pas besoin de mots entre ces deux-là Ils savent comment ça se termine Quand la ville respire, eux comptent déjà Les âmes qui quittent la vitrine [Pont] Il dit parfois qu’il aimerait bien Avoir plus d’amis, changer d’air Mais les gens murmurent au coin des chemins Qu’il porte malheur… qu’il attire la terre Alors il reste là, fidèle au poste À sourire aux vivants qui passent En sachant très bien qu’à chaque riposte C’est lui qui aura la dernière place [Outro] Et le soir venu, les rires débordent Quand les portes du bordel s’ouvrent grand Les bottes claquent, les envies s’accordent Et la vie s’oublie dans l’instant Lui reste dehors, seul avec la nuit À compter ceux qui rentrent à deux Pendant que les lanternes brillent de vie Il parle aux ombres, silencieux Car même la mort, quand tout s’endort N’a personne à qui tenir la main… Sauf le croque-mort Qui attend… le prochain