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La bouche pleine

V6

[Intro – ukulélé seul, petit motif sautillant, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave, slam, souriant] Tu me l’as tendu à deux mains, comme on tend un trésor, un dessin au feutre qui bave, sur un papier qui gondole : une maison posée sur un nuage, un soleil jaune d’or, un chien plus grand que l’arbre, un arc-en-ciel qui s’envole. Et nous, des bonshommes sans cou, tout ronds, la tête dans les nues, avec des boules de bowling à la place des pieds — j’ai cherché qui j’étais, et je me suis reconnu : c’était moi, exactement, comme tu me voyais. [Refrain – chanté, lumineux] Ni au Louvre, ni à Orsay, rien ne vaut ce que tu m’as fait : trois couleurs et un soleil punaisés au frigo pour l’éternité. Les musées peuvent bien fermer, j’ai mon chef-d’œuvre, il est là : un feutre qui a trop bavé, et ton nom écrit à l’envers, en bas. [Couplet 2 – le groove entre, balais] Et puis un matin d’hiver, entre deux bouchées de céréales, la cuillère en suspens, les yeux perdus vers la fenêtre, tu as dit « je t’aime, papa » — comme ça, sans signal, comme on dit « passe le lait », comme on dit « peut-être ». Pas de cadeau, pas de fête, pas de bougie à souffler, la bouche pleine, les joues rondes, du lait sur le menton : tu l’as dit comme on respire, sans même y penser, et tu es retournée à ton bol — et moi j’ai fondu, sans un son. [Refrain] [Pont – parlé, ukulélé seul] On passe sa vie à chercher les mots justes. On écrit, on rature, on recommence. Et toi, tu l’as dit la bouche pleine, entre deux céréales, sans arrière-pensée. Comme si c’était aussi simple qu’exister. Et peut-être que ça l’est. [Break – ukulélé et piano, léger] [Couplet 3 – voix grave, plus posée] Moi qui écris des chansons, qui pèse chaque syllabe, qui tourne une phrase cent fois avant de la poser, j’ai pris ma plus belle leçon au coin d’une table, d’une enfant en pyjama qui n’avait rien préparé. L’amour, ce n’est pas toujours un grand discours qui tremble, ni des vers bien rimés, ni des serments gravés : c’est trois mots, la bouche pleine, un matin où l’on est ensemble, dits sans y penser — parce qu’ils sont vrais. [Refrain final – chanté, plus doux] Ni au Louvre, ni à Orsay, rien ne vaut ce que tu m’as fait : un dessin, un soleil, trois mots dits sans y penser. Les musées peuvent bien fermer, j’ai mes chefs-d’œuvre, ils sont là : un feutre qui a trop bavé, et « je t’aime », la bouche pleine, comme ça. [Outro – ukulélé seul, voix parlée] Je t’aime aussi. Finis ton bol.