Ce premier homme qui a eu peur du tonnerre a levé les yeux vers le ciel et il a cherché un visage. Il n'en a pas trouvé. Alors il en a inventé un. C'est là que tout a commencé. L'être humain a vu la mère engloutir ses enfants et il ne comprenait pas pourquoi. Il a vu la mort arracher les siens au milieu de la nuit et il ne supportait pas le vide que ça laissait. Alors sa conscience a fait la seule chose qu'elle sait faire. Quand elle souffre, elle a projeté. Elle a projeté un être au-dessus d'elle pour donner un nom à ce qu'elle ne comprenait pas. Elle a projeté un paradis pour rendre la perte supportable. Elle a projeté un enfer pour donner un sens à l'injustice. Et elle a projecté des règles pour se sentir protégée entre les deux. Et pendant des millénaires, cette projection a été transmise d'une génération à l'autre. Jusqu'à ce qu'un jour, l'humanité oublie qu'elle était l'auteur. Le peintre s'est agenouillé devant son propre tableau. Le sculpteur a adoré sa propre statue. Et c'est exactement à ce moment-là que certains hommes ont vu l'opportunité. Ils ont compris que si les gens avaient oublié qu'ils étaient les créateurs de ces histoires, alors on pouvait leur raconter n'importe quoi. On pouvait écrire des livres en leur nom. On pouvait inventer des règles et dire que c'était Dieu qui les avait dictés. On pouvait dogmatiser des peuples entiers avec des récits fabriqués et leur faire croire que désobéir, c'était brûler pour l'éternité. Et c'est exactement ce qui s'est passé. La peur de l'homme est devenue le commerce d'autres hommes. L'enfer que tu crains, c'est ta propre conscience collective qui l'a dessiné. Le paradis que tu espères, c'est elle qui l'a construit. Et les livres que tu considères sacrés ont été écrits par des mains humaines qui ont profité de ton oubli. L'ignorant adore l'image. Le sage cherche ce qui a créé l'image. Et celui qui s'éveille réalise qu'il est lui-même la source de tout ce qu'il a projeté. Paix et bénédiction.