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Jacob, Israël et le scandale de l’élection

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V6

Le choix commence avant le souffle. Dans le ventre, la lutte est déjà là. Deux corps en guerre avant d’avoir fait le bien ou le mal. L’élection n’attend pas la vertu. Elle ne récompense pas l’effort. Elle ne passe pas par le tribunal des hommes. [Ralentir légèrement le débit, ton posé] Ésaü est le premier-né. L’évidence. La force, les champs, le droit visible. Mais le choix se dérobe. Dieu prend le cadet, l’inquiet, celui qui ruse pour survivre. Jacob n’est pas choisi parce qu’il est pur. Ses détours le condamnent. Il est choisi, et c’est assez Pour briser l’idée qu’une place s’achète. La grâce ne rectifie pas l’ordre des hommes. Elle le traverse. [Léger silence] Alors commence le temps tordu. La fuite, l’exil, la tromperie subie chez Laban. Jacob voulait forcer le destin par la ruse. Le réel l’use. Il négocie, il se défend, il retient ce qu’il peut. Le décret n’avance pas par ses mains. Il avance par la soustraction de ses appuis. [Hausser subtilement la gravité] Jusqu’à cette nuit au bord du Yabbok. Une lutte dans l’obscurité. Jacob ne gagne pas. Il ne comprend pas. Il s’accroche. L’adversaire le frappe à la hanche. Le corps cède. Il ne peut plus courir. Il ne peut plus fuir. Il ne peut plus ruser. Il demande ce qu’il ne peut plus prendre. « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël. » Il veut aussi l’autre nom. On ne le lui donne pas. [Le ton s’apaise] L’identité n’est plus forgée. Elle est reçue. L’élu se relève. Il boite. Il boitera. Dans sa marche reste la marque Qu’il a cessé d’être son propre centre.