
Hors du Socle#
[Intro — boîte à musique, presque chuchoté] Clac… clac… La clé se tourne, La nuit s’allume, La-la-la… Petite plume, Petite lune, Tourne. Clac… clac… Encore pareil, Même sommeil, La-la-la… Jolie, jolie, Ronde, ronde, Ici. [Couplet 1 — voix enfantine, douce, mécanique] Dans ma robe de porcelaine, Je fais le jour, je fais la scène, Un petit pas, puis son reflet, Un petit tour bien répété. Même ruban sous même lampe, Même sourire au bord des dents, Même ciel cousu sur les tempes, Même printemps obéissant. Les vitrines ont des visages, Tous bien rangés dans leur éclat, Elles me prêtent leurs mirages, Et je les prends pour être moi. [Pré-refrain — comptine réglée] Tourne, tourne, Ne pense pas, Jolie brume, Joli pas. Tourne, tourne, Tout va bien, Même plume, Même main. [Refrain — mélodie simple, entêtante] Je tournais jolie dans ma cage claire, Un sourire peint sous les paupières, Mais le bois craque, mais le bois sait Qu’un pas de travers peut tout sauver. Je tournais jolie, je marche de travers, Je perds ma musique, je gagne ma chair, La-la-la… le ressort se serre, La-la-la… j’invente l’envers. [Interlude — cliquetis, bois, respiration] Clac-clac… cric… crac… Pas trop loin. Clac-clac… cric… crac… Pas trop fort. Clac-clac… cric… crac… Sois jolie. La-la-la… Pas encore. [Couplet 2 — voix moins enfantine, plus consciente] On m’a donné des gestes sages, Des gestes fins, des gestes blancs, Des lunes plates, des paysages Qui tiennent dans un battement. Dans les miroirs, les mêmes roses Apprennent à fleurir pareil, Leurs parfums dorment sous la pose, Leurs épines cherchent le soleil. Mais sous mes pieds, le socle tremble, Un vieux secret mord le décor, Et plus je tourne, plus il me semble Qu’on m’a fermée avec de l’or. [Pré-refrain 2 — plus sombre] Tourne, tourne, Le cercle ment, Jolie brume, Joli cran. Tourne, tourne, Le ressort mord, Même plume, Même décor. [Refrain — plus large, basse feutrée] Je tournais jolie dans ma cage claire, Un sourire peint sous les paupières, Mais le bois craque, mais le bois sait Qu’un pas de travers peut tout sauver. Je tournais jolie, je marche de travers, Je perds ma musique, je gagne ma chair, La-la-la… le ressort se serre, La-la-la… j’invente l’envers. [Pont — voix mature, intime, presque parlée] Écoute… Ce n’est pas un défaut, C’est une porte dans le bois. Écoute… Ce n’est pas un sanglot, C’est mon pas qui revient vers moi. Le vernis fend sa belle peau, Le fil doré lâche ma taille, Je quitte le petit château Où l’on confond paix et vitrail. Je veux l’angle, je veux l’orage, Le faux mouvement, l’air imparfait, Je veux le trouble du passage, Le bruit vivant de ce qui naît. [Montée — batterie, guitare, jazz noir] Clac-clac… crac… La boîte tousse. Clac-clac… crac… Le cercle bouge. Je penche, je glisse, Je manque, je ris, Je brise l’axe Qui me tenait jolie. Plus de cadence en laisse, Plus de ciel au compas, Je danse avec mes faiblesses, Elles savent mieux que moi. La-la-la… Je sors du verre. La-la-la… Je deviens nerf. [Dernier refrain — libération, voix pleine] Je tournais jolie dans ma cage claire, Un sourire peint sous les paupières, Mais le bois craque, mais le bois sait Qu’un pas de travers peut tout sauver. Je tournais jolie, je marche de travers, Je perds ma musique, je gagne ma chair, La-la-la… le ressort se serre, La-la-la… j’arrache l’envers. [Final — rock-jazz sauvage, cathartique] Hors du socle, hors du cercle, Hors des petits mouvements, Mes jambes inventent une langue Que n’entendent plus les cadrans. Hors du socle, hors du cercle, Je ne reviens pas dedans, J’étais musique sous le verre, Je suis tempête maintenant. Je tournais jolie, je marche de travers, Je perds ma musique, je gagne ma chair, Le monde voulait me garder légère, Je fais du bruit, je deviens entière. [Outro — boîte cassée, très doux] Clac… La clé renonce. Crac… Le bois respire. La-la-la… Petite ombre, Grand désir.

