
[COUPLET 1 – LE CŒUR AGITÉ] [SAINT AUGUSTIN] J'ai cherché le bonheur dans les plaisirs fugitifs, Dans les honneurs, les femmes, les discours et les livres. J'ai parcouru les chemins du monde, Mais mon âme demeurait inquiète. Car le cœur de l'homme ne trouve le repos Que dans l'infini dont il procède. [MOMO] Ah ben ça, mon père, fallait commencer par là ! Moi aussi j'ai couru après le bonheur. J'l'ai cherché chez les courses, les brunes et les copains d'comptoir. Et puis un jour j'ai compris : Un homme, ça a beau changer d'trottoir, Ça emmène toujours ses godasses avec lui. Le paradis, c'est p't-être pas une adresse, C'est p't-être juste arrêter d'courir comme un dératé. [COUPLET 2 – LES POIRES] [SAINT AUGUSTIN] Dans ma jeunesse, j'ai commis un vol dérisoire. Quelques poires dérobées dans un jardin. Je ne les désirais pas. Je les ai prises pour le seul plaisir du mal. Et j'y ai découvert l'abîme du cœur humain. [MOMO] Eh ben mon vieux, pour des poires, tu t'en colles des insomnies ! Des conneries, on en a tous fait. L'important, c'est pas la poire qu'on pique, C'est le type qu'on devient après l'avoir bouffée. Y a des mecs qu'ont volé des banques Et d'autres qu'ont volé des baisers. Les premiers finissent aux Assises, Les seconds dans les souvenirs. [REFRAIN] [SAINT AUGUSTIN] Tu étais au-dedans de moi, Et moi, je te cherchais au-dehors. [MOMO] Ça, mon père, c'est comme les lunettes ! Y en a qui les cherchent partout Alors qu'elles sont sur leur pif ! [ENSEMBLE] On fait le tour du monde, Pour revenir s'asseoir chez soi. [COUPLET 3 – LE TEMPS] [SAINT AUGUSTIN] Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais dès que l'on m'interroge, je l'ignore. Le passé n'est plus. Le futur n'est pas encore. Et le présent s'échappe sans cesse. [MOMO] Ah ben ça, le temps ! Quand t'as vingt ans, il traîne des pieds. Quand t'en as soixante-dix, il prend le métro sans toi. Le passé ? C'est les copains qui manquent. Le futur ? C'est le médecin qui téléphone. Et le présent ? C'est le p'tit blanc qu'on boit avant qu'il soit chaud. Faut pas lui poser trop de questions au temps. Il est susceptible. [COUPLET 4 – LA MÉMOIRE] [SAINT AUGUSTIN] La mémoire est un palais immense. Elle contient les images, Les joies, Les douleurs, Les connaissances et les désirs. Je m'y promène avec stupeur, Comme dans une cité intérieure. [MOMO] Une cité intérieure ? Chez moi c'est plutôt une cave encombrée ! Y a des copains morts, Une chanson d'accordéon, Le parfum d'une fille d'Abidjan Et le goût des dimanches chez ma mère. On croit oublier, tu parles ! Les souvenirs, c'est comme les chats. Quand ils veulent rentrer, ils passent quand même. [COUPLET 5 – LA GRÂCE] [SAINT AUGUSTIN] J'ai compris que l'homme ne se sauve pas lui-même. Il reçoit ce qu'il ne peut produire. La grâce m'a trouvé alors que je m'étais perdu. Elle m'a relevé quand mes forces étaient épuisées. [MOMO] Ah ben ça, mon père, t'as raison ! Y a des jours où c'est pas toi qui tiens debout. C'est une main, un sourire, une chanson, une parole. Tu sais même pas d'où ça vient. Mais ça te ramasse quand t'es par terre. Moi j'appelle pas ça la grâce. J'appelle ça les coups d'pouce du Bon Dieu. Mais au fond, c'est peut-être le même patron. [COUPLET 6 – LE RETOUR] [SAINT AUGUSTIN] Longtemps je t'ai cherché au loin. Et je découvris que tu étais plus intime à moi-même que moi-même. Ma course prit fin dans la louange et la paix. [MOMO] Eh ben voilà ! T'as fait tout c'chemin pour revenir chez toi ! Comme mon pote Binno qui a fait Monaco, Nice, Genève et Paris, Pour finir s'installer à Cocody ! La vie, c'est peut-être ça : On fait des kilomètres pour comprendre Ce que notre vieille mère nous disait déjà sans les grands mots. [OUTRO] [SAINT AUGUSTIN] Notre cœur est sans repos Tant qu'il ne repose pas en Toi. [MOMO] Et moi j'te dis, mon père : Un homme qui a la paix dans l'âme, Même avec trois francs six sous, Il est plus riche qu'un banquier insomniaque. [ENSEMBLE] Y a des types qui cherchent Dieu dans le ciel, Et d'autres qui le croisent En refermant doucement la porte du bistrot.

