Au sol. Des plumes noires collées par ton sang. Ton corps tremble. Le froid te traverse. Tu ne chantes plus. Ton regard fuit la lumière. Tu n’oses pas lever les yeux vers moi. Je m’approche. Mes pas épousent les pierres tachées. Je sens la chaleur encore vive Du combat qui t’a consumé. Je vois ton aile cassée. Tes plumes arrachées. Ton souffle coupé. Ton orgueil tombé. Hibou… Qu’as-tu voulu prouver… Qu’as tu traversé… Pour moi ? Je n’ai jamais demandé A ce que tu en arrives… là. Regarde-toi. Tu as voulu manier le feu comme on tient une torche sacrée. Mais le feu ne choisit pas. Et t’a marqué à jamais. Et maintenant, Ton plumage est souillé. Tes serres tétanisées. Est ce la honte… Qui t’as blessé? Ou est ce la réalité… Qui t’as brûlé? Non… Je vois ce que c’est. Je le sais… C’est le poids. Le poids de voir trop clair dans un monde qui a les yeux fermés. Tu voulais arracher les voiles, soulever les rouages, montrer le mal, Caché derrière les mirages. Et chaque mot que tu lançais revenait comme un piège contre tes propres envolées. Tu pensais combattre la Bête. Mais c’est ton cœur qui est devenu tempête. Regarde-moi. Je ne suis pas venue te juger. Je connais cette fatigue. Je l’ai vue dans les mains des peintres Usées par des toiles ignorées. Dans la gorge des chanteurs qui brisent leur voix pour une salle distraite. Dans les yeux des poètes criant dans le vent et n’entendant que l’écho de leur propre sang. Ce fardeau, Hibou… c’est celui de ceux qui regardent. Longtemps. Trop longtemps. Même si voir Veut dire se détruire… Car l’accepter, c’est déjà compatir. Même si voir dévoile le pire… Car comprendre c’est déjà désobéir. Hibou… Laisse moi t’approcher encore… Je ne suis pas miracle. Je ne suis pas remède. Je suis autre chose. Je suis la caresse qui transforme la plaie... en trace... Laisse moi te toucher… Regarde. La chair se replie. La douleur s’affaiblit. Le sang devient ligne. La ligne devient signe. Le signe devient mémoire. Hibou, L’Art n’efface pas la nuit. Il y perce des lucarnes. L’Art n’efface pas les blessures. Il leur donne une forme respirable. Alors relève les yeux. Pas pour gagner. ni pour convaincre. ni même pour être écouté. Mais pour me confier La trace que tu as laissée Je la porterai encore Que ce soit en silence Ou grondante dans les corridors Ce qui t’as blessé… Ce que tu as crié… C’est déjà lumière. Cette lumière est en moi… Et Je suis l’Art Je traverse les siècles… Je traverse vos guerres, vos marchés, vos empires. Je respire dans les grottes de Lascaux, Je murmure dans les couplets que vos mères fredonnaient pour vous tenir au chaud. Je danse dans les palais que personne ne payait pour voir, Je m’installe dans les notes que personne n’a su prévoir, Je suis ce qui reste quand les empires tombent, quand les billets brûlent, et que même les algorithmes cessent de calculer le monde. Un silence. Le vent effleure ton plumage sage. Ton souffle revient. Lentement. Ta poitrine se soulève, fragile. Une plume s’élève. Puis deux. Puis ton regard… tranquille. Je te souris. La nuit est toujours là. Mais cette fois, tu y respires Avec moi. Notre Regard Restera